L’art du Goryeo : au croisement entre croyance, technique et esthétique
Okyang Chae-Duporge (최옥경)
maître de conférences, université Bordeaux Montaigne

(fig. 1) Avalokitesvara à la lune (SuwolGwaneum bosal), Détail, Goryeo, première moitié du 14e siècle, 114,5 cm x 55,6 cm, Collection Charles Stewart Smith.
L’antiquité de la Corée s’est achevée avec la fin du Grand Silla. Débute alors son âge médiéval, la période du Goryeo (918-1392). C’est Wang Geon (r. 918-933) qui fonde le Goryeo en 918 et met fin à la période de division appelée « Trois Royaumes postérieurs » apparue avec le déclin du Grand Silla. Ce souverain accueille également de nombreux réfugiés du Barhae après sa chute en 926 provoquée par les Khitans.
Wang Geon, devenu Taejo (fondateur d’une dynastie), souhaite affirmer la succession du Goguryeo lorsqu’il nomme son nouvel état Goryeo, un abrégement de Goguryeo. D’ailleurs, le terme « Corée » vient de Goryeo, diffusé par les marchands arabes qui venaient dans la péninsule à cette époque. Taejo Wang Geon déplaça la capitale de Gyeongju à sa ville natale Gaegyeong (actuellement Kaesong non loin de la DMZ), où il pouvait compter sur le soutien de la population locale. Les « Monuments et sites historiques de Kaesong », l’un des deux patrimoines mondiaux de l’Unesco de la Corée du Nord comprend non seulement les murailles de Kaesong mais aussi celles du palais royal de Manwoldae, site hautement propice du point de vue de la géomancie (en coréen pungsu ) : il s’agit d’une perception-clé des Coréens qui favorisent, lors du choix de l’emplacement d’un palais, d’une tombe ou de l’implantation d’un village, les lieux de concentration du ki (souffle vital) afin que celui-ci y apporte la prospérité. L’autorité royale s’affirme ensuite sous les règnes de Gwangjong (r. 949-975) et de Seongjong (r. 981-997) avec l’adoption d’un système de concours officiels (Gwageo) et d’administration centrale calqué sur le modèle chinois.
À la suite du Grand Silla, le bouddhisme reste la religion d’État sous le Goryeo et constitue toujours le pilier spirituel de la société. La sculpture bouddhique, qui était à son apogée au royaume précédent, laisse la place à la peinture bouddhique et au céladon, tous deux d’un goût très raffiné et luxueux. Ces arts sont finalement les incarnations de deux points nodaux de cette époque : le bouddhisme et la société des nobles. Le Goryeo a été également marqué par un grand développement de deux principales techniques d’impression : la xylographie et l’imprimerie au moyen de caractères mobiles. Le canon de La grande corbeille (Tripitaka Koreana) et le Jikji sont les résultats de la combinaison d’une profonde croyance bouddhique et de l’innovation technique.
Le bouddhisme protecteur et le Palman Daejanggyeong
Aucune période de l’histoire de la Corée n’a connu autant d’invasions de différents pays que celle de Goryeo : invasions des Khitans, des Jürchens, des Mongols, des Turbans rouges et des pirates japonais (waegu)... Celles-ci ont été causées par l’instabilité de la Chine entre le Xe et le XIVe siècle après la chute de la dynastie des Tang. C’est presque un miracle que le Goryeo ait réussi à préserver son unité pendant près de cinq siècles alors que les autres royaumes, y compris la Chine, ont connu plusieurs changements de dynastie. Toutes les insurrections intérieures de Goryeo comme le coup d’état de Yi Jagyeom (1126), la révolte de Myocheong (1135), le coup d’État des militaires (1170), ne sont d’ailleurs pas sans rapport avec la situation extérieure mouvementée.
Les invasions les plus dures ont certainement été celles de l’empire mongol, fondé par le fameux Gengis Khan et ses fils, dont le territoire s’étendait à l’époque de la Chine à la Méditerranée en traversant toute l’Eurasie. Lors de la première invasion mongole, en 1231, le gouvernement militaire de Goryeo se réfugie dans l’île de Ganghwa et résiste à ce puissant ennemi. Mais la péninsule est dévastée, et surtout, de nombreuses œuvres du patrimoine sont détruites y compris, hélas, la fameuse pagode du temple Hwangnyongsa. C’est une fois encore sur le bouddhisme que le Goryeo s’appuie pour surmonter ces désastres. Cette religion aura donc joué un rôle important pour rassembler le peuple face aux menaces extérieures.
Durant cette période, le bouddhisme fut dominé par deux écoles : d’une part, le courant des écoles scolastiques (gyojong) qui insistait, pour atteindre l’illumination, sur l’importance de l’étude des écrits bouddhiques, d’autre part, le courant des écoles de la méditation (seonjong) où l’accent était plutôt mis sur la pratique de la méditation. Si le Grand Silla eut ses grands moines tels que Uisang et Wonhyo, le Goryeo, lui, eut Uicheon (1055-1101) et Jinul (1158-1210) lequel, d’ailleurs, chercha à unifier les deux courants, unification tentée auparavant par le moine Wonhyo.
Pour se protéger des invasions, le gouvernement lance deux éditions de l’ensemble des textes bouddhiques imprimés au moyen de la gravure sur planches de bois : la première, contre les invasions des Khitans, achevée en 1087 a été détruite au cours d’une invasion mongole, après soixante ans de dur labeur. Quatre ans plus tard, le gouvernement lance une nouvelle édition du canon bouddhique qui fut, elle, achevée en 1251. Cette édition, dont la gravure sur 81258 planches de bois a donné son autre appellation, le Palman daejanggyeong (littéralement La grande corbeille des quatre-vingt mille), est plus connue des Coréens. Il s’agit de la collection de textes bouddhiques la plus complète au monde. Sa valeur vient aussi de la délicatesse avec laquelle les textes ont été gravés. Pour les moines, graver une lettre était comme une prière, au point qu’ils se prosternaient après la gravure de chaque lettre.
Cette édition est actuellement conservée dans les magasins des tablettes du canon (Janggyeong panjeon) (fig. 2), situés au temple Haeinsa, près de Daegu, qui figurent parmi les plus anciennes constructions destinées à cet usage spécifique. Si le canon coréen fait partie de la Mémoire du Monde de l’Unesco, le Janggyeong panjeon est inscrit au Patrimoine mondial de l’Unesco et reconnu pour ses solutions remarquablement efficaces pour prévenir la détérioration des tablettes de bois. Ces édifices ont été spécialement conçus pour assurer une aération naturelle et moduler la température et le degré d’humidité en fonction des conditions climatiques, ce qui a permis de protéger les tablettes contre rongeurs et insectes et fait qu’elles ont traversé quelque huit siècles et nous sont parvenues en bon état.

(fig. 2) Le canon de La grande corbeille conservé dans les bâtiments du Janggyeongpanjeon au temple Haeinsa près de Daegu, Corée du Sud.
Le Jikji, patrimoine du Goryeo en France
Sous les rois du Goryeo, la publication des textes bouddhiques représentait la plus grande partie de l’édition. Les grands projets pour lesquels l’État passait d’importantes commandes à ses temples contribuèrent aux progrès de la xylographie, qui aboutirent à une nouvelle méthode d’impression recourant à des caractères métalliques mobiles. Selon le Dongguk Isanggukjip (Recueil d’œuvres du ministre Yi du royaume de l’Est) compilé par le lettré Yi Gyu-bo (1168-1241), c’est en 1234 que plusieurs copies d’un texte rituel furent réalisées à l’aide de caractères en métal. Ces ouvrages étant perdus, le plus ancien texte existant dont on soit certain qu’il ait été imprimé (en deux volumes) avec des caractères en métal est le Jikji (fig. 3). Le second volume (le seul retrouvé), désigné comme Mémoire du Monde de l’Unesco, est actuellement conservé à la Bibliothèque nationale de France. Au départ, il avait été acquis par Victor Collin de Plancy (1853-1922), premier consul de France en Corée à la fin du XIXe siècle. Ce livre a été notamment exposé au pavillon coréen de l’exposition universelle de 1900, à Paris, avec les autres livres prêtés par ce diplomate.

(fig. 3) Le Jikji imprimé en 1377 à Cheongju, Corée du Sud et conservé à la BnF, Paris.
Le Jikji est une sorte d’anthologie des enseignements zen des grands prêtres bouddhistes, réunis par le moine Baegun. Sa dernière page contient les détails relatifs à sa publication, indiquant que le livre a été publié durant la 3e année du règne du roi U (juillet 1377) et imprimé au moyen de caractères en métal dans le temple Heungdeoksa à Cheongju, au sud de Séoul. Le Jikji témoigne donc d’une importante innovation technique dans l’histoire mondiale de l’imprimerie, puisqu’il s’agit d’une date antérieure de 70 ans à l’impression de la Bible de Gutenberg réalisée en Allemagne (entre 1452 et 1455), même si cet ouvrage n’a pas exercé un rôle aussi important que celle-ci dans la vulgarisation de la culture.
Entre paradis et enfer - peinture bouddhique
Une fois le gouvernement réinstallé à Gaegyeong en 1270, après sa soumission aux Mongols, une nouvelle classe dirigeante émerge : celle des familles nobles appuyées par la famille royale et par les Mongols. Elles se souciaient avant tout de prier le Bouddha pour leur bien-être, et la plupart des peintures bouddhiques de taille modeste étaient destinées à leurs chapelles privées, tandis que celles de dimensions plus importantes étaient destinées aux temples. Trois thèmes de peinture étaient alors populaires : Amitabha, Ksitigarbha et Avalokitesvara à la lune. à l’époque, ces sujets étaient prisés dans toute l’Asie de l’Est, mais les peintures du Goryeo se distinguent par leur luxe et leur raffinement.
« La descente d’Amitabha » décrit le Bouddha de la « Terre Pure du Paradis de l’Ouest » y accueillant l’âme des fidèles. L’apparition dans le bouddhisme d’un Bouddha de l’au-delà tel qu’Amitabha, correspondait à un désir profond chez les hommes d’être rassurés quant à leur devenir après la mort, particulièrement durant cette période de Goryeo très bouleversée par une succession de guerres. Amitabha est souvent accompagné par deux Bodhisattvas, qui sont des « êtres destinés à l’Éveil ». Pouvant être considérés comme les égaux des Bouddhas, ceux-ci ont renoncé à l’état ultime par pure compassion envers tous les êtres. Dans la « Triade d’Amitabha » du musée Leeum à Séoul (fig. 4), le Bouddha est escorté, à sa gauche, d’Avalokitesvara (Gwaneum bosal), le Boddhisattva qui incarne la toute-compassion d’Amitabha et, à sa droite, de Ksitigarbha (Jijang bosal), le Boddhisattva guide et sauveur des âmes tombées en enfer. La présence de Ksitigarbha dans la Triade d’Amitabha est une exception, car c’est d’habitude Mahasthamaprapta qui accompagne ce Bouddha. Cette œuvre rassemble, de ce fait, les trois figures bouddhiques les plus populaires de l’époque. L’Amitabha illumine, avec la lumière venant de l’urna de son front, l’âme d’un fidèle minuscule situé à l’extrémité de la peinture. Quant à Avalokitesvara, il se penche soigneusement pour accueillir cette âme juste éteinte dans un socle de fleur de lotus.

(fig. 4) Triade d’Amitabha, Goryeo, 110 cm x 51 cm, trésor national n° 218, Musée Leeum, Séoul, Corée du Sud.
La préoccupation du sort après la mort a encouragé chez le peuple une ferveur pour Amitabha, (Bouddha du paradis). Le même souci l’a également poussé vers l’adoration de Ksitigarbha (le Bodhisattva de l’enfer), qui est souvent représenté en moine tenant dans une main une crosse avec six anneaux et de l’autre un chintamani (joyau précieux) parfois coiffé d’un turban de voyageur. La facture soignée de la représentation minutieuse des motifs rehaussés en or sur soie crée un style extrêmement délicat et luxueux. Il est à noter que les couleurs sont appliquées sur le verso de la toile afin qu’elles pénètrent avec finessse à travers les fibres de la soie pour faire apparaître des couleurs délicates à la surface du recto.
Avalokitesvara est certainement le Bodhisattva le plus populaire jusqu’à nos jours. Parmi ses diverses formes (Avalokitesvara à onze têtes, Avalokitesvara aux mille bras, etc.), Avalokitesvara à la lune (Suwol Gwaneum bosal) (fig. 1) connaît une faveur spéciale à l’époque du Goryeo. Parmi les 160 peintures bouddhiques de cette époque qui nous sont parvenues, une quarantaine représente ce thème. Le Bodhisattva est représenté assis sur un rocher, regardant le reflet de la lune dans l’étang. À sa droite, une kundika (une bouteille qui contient de l’eau pure pour apaiser la douleur du peuple) est posée et des bambous se dressent au fond.
À ses pieds, un apprenti moine, Seonjaedongja, est agenouillé avec ses mains jointes. Il s’agit de la représentation d’une scène du Soutra de l’ornementation fleurie , qui montre le sermon d’Avalokitesvara, prononcé au grand clair de lune, lors d’une visite rendue à Seonjaedongja, dans la montagne de Botarakga. Tout comme pour les autres thèmes, cette peinture réalisée sur soie est très aristocratique, créant une atmosphère irréelle.
Le céladon du Goryeo
La société des nobles du Goryeo nous a laissé non seulement des peintures bouddhiques de belle facture, mais aussi des céladons très raffinés. Ceux-ci ont particulièrement attiré l’attention des Européens lorsqu’ils ont découvert l’art de la Corée. Mais il faut savoir que ces céladons étaient déjà très renommés il y a bien longtemps, et notamment loués par leur contemporain, le Chinois Taiping Laoren de l’époque des Song (960-1279). En effet, lorsque ce dernier a établi une liste des merveilles du monde, il y a inclus, parmi les objets qu’il qualifie comme étant « les premiers de l’Univers », « la couleur secrète du céladon de Goryeo ».
Les céladons prennent naissance dans une société bouddhique et de nombreux spécimens coréens s’ornent de ce fait de motifs de fleurs de lotus. Surtout, la méditation étant importante pour le bouddhisme zen, les moines buvaient du thé (en poudre) pour chasser le sommeil pendant qu’ils méditaient. Ainsi, plus de 80 % des immenses tas de tessons découverts près de Yongin provenaient de tasses de thé. Les céladons coréens sont le fruit d’une technique particulière résultant d’une adaptation de la céramique chinoise du royaume de Wuyue (907-978) et de la dynastie des Song. Il faut rappeler que la porcelaine européenne ne remonte pas à plus de trois cents ans et que, même au Japon, pourtant tout proche, ce n’est qu’au début du XVIIe siècle que fut connue la porcelaine.
La particularité de la technique du céladon vient de l’utilisation pour matière première du kaolin, une argile blanche qui permet à la pièce de résister à une cuisson à haute température (1300°). Sa couleur bleu-vert présente une grande variété de tons et de nuances et est due à une petite quantité d’oxyde de fer dans la glaçure lors d’une cuisson en réduction, procédé qui donne à l’élément ferreux sa couleur bleue. Les teintes varient donc selon la concentration en fer de l’engobe et la quantité d’oxygène lors de la cuisson, offrant les multiples teintes allant du gris foncé au brun foncé en passant par toutes sortes de bleus, de verts et de tons olive.
Les progrès se poursuivirent et les céladons du Goryeo atteignirent leur apogée au XIIe-XIIIe siècle. Ils n’étaient fabriqués que dans les fours du gouvernement, entre autres ceux de Gangjin et de Buan qui recevaient le patronage de la cour. Ces céladons étaient bien évidemment utilisés essentiellement à la cour et dans les palais. Par exemple, Un vase élancé en forme de melon à huit lobes a été exhumé de la tombe d’Injong (r. 1123-1145). Lors du règne de son fils Uijong (r. 1147-1170), le Goryeosa (Histoire du Goryeo), en date de 1157, rapporte qu’« on bâtit un autre pavillon couvert de tuiles en céladon que l’on appela Yangui-jeong », et ceci a été confirmé par la découverte de tuiles en céladon, très coûteuses, attestant du goût pour le luxe et l’extravagance de la classe dirigeante de Goryeo.
Nous pouvons observer deux grandes catégories de céladons caractérisées par la présence ou l’absence d’un décor incrusté sous la couverte : les céladons purs et les céladons incrustés. Les céladons purs présentent des aspects très variés : céladons unis, incisés, imprimés, à décor en bas-relief et à décor modelé en haut relief ou sculpté, etc. Parmi les céladons à décor modelé ou sculpté, le Versoir en forme de singe (fig. 5), destiné à l’eau servant à diluer l’encre, représente un singe accroupi qui tient dans ses bras son petit. Il constitue l’un des plus charmants exemplaires modelés de l’époque et il est unique en son genre tant par sa délicatesse plastique que par la beauté de sa couverte. Selon le chapitre « Récipients en poterie » de l’émissaire chinois Xu Jing, venu au Goryeo au début du XIIe siècle, « Les poteries sont de couleur verte, on les appelle fei-se (couleur du martin-pêcheur). Au cours des dernières années, elles ont été fabriquées plus habilement et leur couleur est plus brillante ».

(fig. 5) Verseuse en forme de singe, Goryeo, XIIe siècle, h 10 cm, trésor national n° 270, Musée Gansong.

(fig. 6) Céladon incrusté aux grues volant à travers les nuages, Goryeo, hauteur 41,7 cm, trésor national n° 68, Musée Gansong.
Vu l’absence de mention des céladons incrustés dans l’écrit de cet émissaire, ce style incrusté ne devait pas encore être produit au XIIe siècle. Avec l’invention de cette nouvelle technique de céladon, les caractéristiques coréennes s’affirment au XIIIe siècle : le décor, d’abord gravé ou découpé, est ensuite rempli d’une argile blanche ou d’un ton brun-rouge avant d’être soigneusement essuyé de façon à éliminer toute matière qui resterait en surface. Le Céladon incrusté aux grues volant à travers les nuages, conservé au musée Gansong (fig. 6), est certainement une des œuvres les plus représentatives de cette technique. Et aussi l’une des plus connues avec sa forme la plus populaire, maebyeong, dont l’ouverture est étroite, le corps large et la base affinée, et qui se distingue par une ampleur d’épaule accentuée. Son décor aérien de grues volant à travers les nuages est également présent dans la peinture bouddhique. Le décor du paysage aquatique, avec souvent des canards mandarins dans un étang ou des oiseaux qui s’ébattent gracieusement entre les roseaux et les saules, est également une particularité coréenne très caractéristique (fig. 7).

(fig. 7) Kundika (verseuse rituelle), couverte céladon, décor incrusté, Goryeo, hauteur 37,2 cm, trésor national n° 66. MuséeGansong.
Le Goryeo postérieur et le néo-confucianisme
La dynastie mongole des Yuan, au milieu du XIVe siècle, est fragilisée par la révolte des Turbans rouges avant que Zhu Yuanzhang ne réussisse à chasser les Mongols et ne fonde une nouvelle dynastie chinoise, la dynastie des Ming, en 1368. Le roi Gongmin (r. 1351-1374) de Goryeo cherche alors à profiter du déclin des Yuan pour se libérer de leur influence. À la fin de ce royaume, les deux généraux Choe Yong et Yi Seong-gye se distinguèrent non seulement dans la lutte contre les Turbans rouges mais aussi contre la piraterie japonaise (waegu) qui affectait à l’époque toutes les côtes coréennes. Toutefois, ces deux héros eurent un profond différend sur la politique extérieure qu’il convenait de mener. Yi Seong-gye impose finalement sa politique pro-Ming avec son fameux « revirement à l’île de Whihwa » et s’empare du pouvoir par un coup d’état.
Yi Seong-gye, étant lui-même militaire, avait besoin des intellectuels pour construire avec eux une nouvelle dynastie. Il va donc s’appuyer sur la nouvelle classe de lettrés qui émergea au XIVe siècle, en prenant le néo-confucianisme comme idéologie. La pensée néo-confucéenne se fondait sur la réinterprétation des classiques confucéens par Zhu Xi (1130-1200), classiques dans lesquels furent intégrés des concepts métaphysiques. Contrairement aux lettrés du Xe siècle, tels que Choe Seung-no (927-989), qui tolérait le bouddhisme en le considérant utile pour le monde après la mort - tandis que le confucianisme était nécessaire pour le monde présent -, les néo-confucianistes de la fin du Goryeo avaient une vision bien plus radicale et lui étaient hostiles.
Dans les dernières années du Goryeo, ces lettrés se scindèrent en deux camps. Les modérés auxquels appartenait Jeong Mong-ju (1337-1392), le savant le plus respecté de l’époque, souhaitaient des réformes mais sans pour autant remettre en question la légitimité de la dynastie. À l’opposé, les partisans de Jeong Do-jeon (1342-1398) étaient, eux, favorables à des réformes radicales et à la fondation d’une nouvelle dynastie. Finalement, c’est un fils de Yi Seong-gye qui assassinera Jeong Mong-ju, le dernier homme politique resté fidèle au Goryeo. Yi Seong-gye, assisté de Jeong Do-jeon, accèdera enfin au trône en 1392 et fondera cette nouvelle dynastie.


