Trente ans déjà ! - 30e anniversaire du Centre Culturel Coréen
Par Georges ARSENIJEVIC
Conseiller technique au Centre Culturel Coréen, depuis 1986


Nos événements du 30e anniversaire Le concert du groupe Mezcal Jazz Unit avecla joueuse de geomungo E’ Joung-ju, le 13 décembre au Théâtre du Ranelagh et la soirée artistique et festive « 30 ans, ça se fête ! » qui a eu lieu au Centre Culturel Coréen le 16 décembre 2010, jour de notre 30e anniversaire (photos en haut à droite et au milieu).

La Corée à la Foire internationale de Rouen (1987)
Les activités du Centre depuis les années 1980
Lorsque le Centre Culturel Coréen a ouvert ses portes, le 16 décembre 1980, on peut vraiment dire que la culture coréenne était encore - pour reprendre une ancienne formule touristique - « le secret le mieux gardé d’Asie ». En effet, en dehors d’un cercle d’universitaires, de chercheurs et d’initiés, relativement peu de gens s’intéressaient, à l’époque, à la Corée et connaissaient la richesse et la singularité de sa culture. De fait, le pays demeurait plutôt méconnu et faisait, en plus, trop souvent l’objet d’une confusion avec ses voisins chinois ou japonais.
Dans ces années-là, ce qu’on savait de la Corée se limitait généralement au drame de la guerre fratricide qui avait déchiré la péninsule de 1950 à 1953, à l’incroyable essor économique qu’avait connu le pays à partir des années 1960 (donnant l’exemple de l’une des croissances les plus rapides du monde) et aux multiples manifestations de rue des étudiants coréens qui réclamaient , à l’époque, la démocratie et affrontaient régulièrement les forces de police. Les images de ces confrontations ultra-violentes étaient d’ailleurs souvent montrées sur les chaînes de télévision françaises et leur violence, frappant les esprits, occultait largement la culture et la civilisation d’un pays à l’histoire pourtant cinq fois millénaire.
C’est dans ce contexte qu’a ouvert ces portes, en 1980, le Centre Culturel Coréen, avec pour mission de mieux faire connaître aux Français la Corée et sa culture et de contribuer au développement des échanges culturels franco-coréens.
Les débuts du Centre n’étaient certes pas faciles et nos premières manifestations culturelles furent souvent clairsemées. Mais nous avions, dès le début, la chance de pouvoir nous appuyer sur un noyau de fidèles amis de la première heure français et coréens issus du monde de l’enseignement et de la culture* et notre Centre s’est assez vite affirmé comme un lieu de découverte et de rencontre franco coréen particulièrement actif. Ainsi, au fil des années, on a pu y voir s’enchaîner nombre d’expositions montrant aussi bien diverses facettes de la culture coréenne traditionnelle (artisanat d’art, calligraphie, imprimerie...)que des artistes coréens contemporains de tous horizons et de toutes disciplines : peintres, sculpteurs, photographes, dessinateurs, vidéastes... se présentant dans le cadre d’expositions individuelles ou de groupe. Au final, si on totalise toutes les expositions que le Centre a organisé dans ses murs depuis sa fondation, on en dénombre plus de 300. Il a accueilli beaucoup de grands peintres coréens vivant à Paris (Han Mook, Paek Youngsu, Seund Ja Rhee (†), Bang Hai Ja, Oh Chun-Yong, Kwun Sun-Cheol, Lee Bae, Kwak Soo-Young...) ainsi que de très nombreux jeunes plasticiens de tous horizons, souvent reçu en tandem de magnifiques artistes des deux pays (par exemple Kim En Joong et Jean Messagier, en 1995), réuni de grandes figures de l’art coréen et de grands artistes du monde (exposition « Ho mage à Bernard Anthonioz » en 1997, avec Kim Tschang-Yeul, Zao Wou Ki, Olivier Debré...) et aussi présenté régulièrement les expositions de grandes associations de plasticiens coréens vivant en France telles « Sonamou » ou l’AJAC, sans oublier les groupes d’artistes venant quelquefois de Corée même : association des femmes sculpteurs, association des aquarellistes coréens, etc.
*On voyait souvent au Centre, à l’époque, Marc Orange, Françoise Chappuis, Alexandre Guillemoz, André Fabre, Patrice de la Perrière, René Percheron, Elisabeth Laffont, Roger Bouillot, Li Ogg, Lee Byoung-Jou (et quelques autres que nous ne pouvons malheureusement tous citer)...sans oublier les correspondants à Paris des grands journaux coréens, qui étaient, dans ces années où la culture coréenne en France n’en était qu’à ses balbutiements, particulièrement motivés.
Conférences et colloques (sur la littérature, les beaux-arts, les religions...), soirées de poésie, de rencontre avec de grands écrivains coréens, présentations de livres sur la Corée, concerts de jeunes musiciens talentueux pour- suivant leurs études en France, projections de films, ont également été organisés en nombre tout au long de ces trois décennies, donnant ainsi à voir au public français de multiples facettes de la culture coréenne. Pour ce qui est du cinéma, dans un contexte plutôt désertique - il n’y avait, dans les années 1980, pas un seul film coréen distribué en France ! -, les projections au Centre ont été, avec quelques festivals pionniers comme celui des 3 Continents de Nantes, précieuses pour tous les cinéphiles ayant la curiosité de vouloir découvrir une cinématographie riche mais quasiment inconnue.
Le Centre culturel avait également ouvert une bibliothèque dont le fonds, qui s’est depuis beaucoup enrichi, comprend aujourd’hui plus de 25 000 livres et publications (en coréen, français et anglais) et quelque 1500 CD et DVD.
Peu après l’ouverture, des cours gratuits de langue coréenne y furent aussi proposés aux Français. Ils comptaient au départ à peine une vingtaine d’élèves, mais leur nombre a connu au fil des années une progression régulière et notable jusqu’à atteindre aujourd’hui quelque 230 élèves répartis en 9 classes et 4 niveaux**. Il est à noter que cette croissance de l’intérêt des Français pour la langue des Coréens a, sans nul doute, été le fruit de la multiplication en France des contacts avec la culture coréenne, notamment à travers le cinéma et la littérature qui ont connu, à partir des années 1990, un essor considérable. Evidemment, l’organisation de quelques grands événements mondiaux très médiatisés, tels les Jeux olympiques de Séoul (1988) ou la Coupe du monde de football (2002), allant de pair avec la démocratisation du pays, a également contribué (en mettant la Corée sous le feu des projecteurs) a susciter la curiosité du public français.
**A ce propos, il faut dire que, après avoir refusé pendant plusieurs années des inscriptions d’élèves supplémentaires que nous ne pouvions plus recevoir dans nos locaux, pour cause de manque de place, notre Centre a finalement ouvert depuis septembre 2010 une 1re classe hors les murs au lycée Victor Duruy qui a eu l’amabilité de nous accueillir . Et il est hautement probable que d’autres ouvertures de classes suivront en 2011.
En plus des cours de langue, le Centre a ouvert, en 1997, des ateliers d’art (également gratuits) permettant de s’initier à la pratique de disciplines artistiques faisant partie de l’héritage culturel coréen. Ainsi les ateliers « calligraphie », « peinture coréenne », « maedup » et « vannerie de papier coréen » (ouvert un peu plus tard) ont rapidement séduit le public. Et, avec le nouvel atelier « poterie et céramique », que nous venons d’ouvrir tout récemment hors les murs (Ciel & Terre, 3 rue du Gril, 75005 Paris), nous comptons actuellement, en tout, plus d’une cinquantaine d’inscrits. Enfin, le Centre organise aussi une fois par mois, depuis octobre 2010, des séances de démonstration autour de la cuisine coréenne qui remportent un franc succès.
Outre toutes ces activités, il faut également citer parmi les réalisations du Centre, notre programme culturel trimestriel et, surtout, notre revue « Culture Coréenne ». Lancée en 1981, la publication de ce périodique en couleurs (qui en est d’ailleurs, le hasard faisant bien les choses, à son N° 81 !) nous a permis de constituer un fonds particulièrement riche, abordant des sujets extrêmement variés et présentant au public français de multiples facettes de la culture coréenne : articles de fond sur l’histoire, la langue, la littérature, les arts et traditions, articles liés à l’actualité (concerts, expositions, festivals, portraits d’artistes, parutions d’ouvrages, fêtes et célébrations...), articles touchant à certains aspects de la culture avec une approche philosophique, historique, sociologique, ou linguistique, impressions et récits de voyages, nouvelles, contes et légendes, etc. On peut dire que presque tous les universitaires, coréanologues et autres spécialistes s’intéressant à la Corée, ont un jour ou l’autre publié dans nos colonnes, sans oublier les journalistes français souvent renommés (critiques musicaux, critiques littéraires ou de beaux-arts...) et les directeurs d’institutions culturelles et de grands festivals français. Ainsi, nous avons pu réunir progressivement un fonds qui compte aujourd’hui plus de 600 articles, très varié, permettant au public français de s’informer sur nombre de questions concernant la culture coréenne, aussi bien traditionnelle que contemporaine (histoire, musique, littérature, cuisine, us et coutumes, faits de société, etc.) et dans lequel peuvent désormais puiser tous ceux qui s’intéressent à la Corée et aux Coréens.
L’existence, depuis 1981, de notre revue « Culture Coréenne » est pour toute l’équipe de notre Centre un objet de fierté, d’autant que nos amis français semblent apprécier la publication dont le tirage est passé de 1000 à 5000 exemplaires et dont on peut retrouver, depuis l’année dernière, tous les numéros en ligne sur le site www.culturecoreenne.fr

Exposition coréenne à la maison de Radio France organisée à l’occasion des J.O. de Séoul (1988)

Manifestations culturelles hors les murs
En dehors de nos publications et activités proposées dans l’enceinte du Centre (évoquées précédemment), il faut savoir que nos réalisations hors les murs, ont également été très nombreuses et variées au cours de ces trois dernières décennies. D’ailleurs, ces manifestations organisées aux quatre coins de l’Hexagone et mises en œuvre conjointement avec des partenaires français (festivals, institutions, municipalités...), et parfois avec des associations coréennes locales, ont souvent beaucoup contribué à accroître l’intérêt des Français pour tel où tel aspect de la culture coréenne.
Ainsi, dans le domaine du 7e art, on ne dira jamais assez à quel point fut importante la 1re grande rétrospective consacrée en France par le Centre Pompidou au cinéma coréen. En effet, cette coréalisation Centre Pompidou-Centre Culturel Coréen a permis au public français de découvrir durant quatre mois, du 20 octobre 1993 au 21 février 1994, 90 films, pratiquement tous inédits et sous-titrés pour l’occasion (grâce au financement de notre ministère de tutelle qui avait fait en la circonstance un énorme effort), et de prendre tout à coup conscience, dans un contexte où les films de Corée étaient quasiment absents des écrans français, qu’il existait bel et bien une cinématographie coréenne et qu’elle était en plus d’une étonnante richesse. Il faut se rappeler que cette rétrospective avait attiré à l’époque, à Paris, quelque 36 000 spectateurs, suscité l’intérêt des critiques et des distributeurs et incontestablement amorcé une dynamique qui s’est développée ensuite dans les années qui ont suivi. C’est d’ailleurs à l’issue de cette manifestation que, pour la 1re fois, un distributeur français, en l’occurrence « Les grands films classiques », avait acquis, d’un coup, les droits d’une dizaine de films coréens (fait, jusque-là, sans précédent !).
On pourrait prendre comme autre exemple le domaine des arts de la scène, où notre collaboration avec la Maison des Cultures du Monde et le formidable esprit d’ouverture et le dynamisme de cette belle institution, ont beaucoup contribué, depuis la fin des années 1980, à faire connaître au public français la culture classique et traditionnelle coréenne, principalement dans le domaine de la musique et de la danse mais aussi dans certains aspects de la création théâtrale. De nombreuses représentations ont ainsi pu être organisées à Paris (près d’une trentaine à ce jour, dont un mois de la culture coréenne, en avril 1993, avec nombre de spectacles variés au Théâtre du Rond Point), permettant au public français de découvrir, entre autres, les grands interprètes du pansori ou du gagok, les maîtres instrumentistes de la musique traditionnelle coréenne, les danses masquées de Bongsan, les danses et musiques bouddhiques, les musiques de lettrés, les danses chamaniques, le théâtre contemporain coréen, etc. Cette grande variété de concerts et spectacles, proposés par une institution renommée pour son exigence artistique, a vraiment joué en France un rôle initiatique et contribué notablement à la découverte des arts de la scène coréens.

Rencontre entre écrivains coréens et français à la Société des Gens de Lettres (décembre 1995).

Vernissage au Centre de l’exposition “Hommage à Bernard Anthonioz”, en présence de M. Jacques Chirac et Mme Geneviève de Gaulle - Anthonioz (octobre 1997).
Les grands événements marquants et le développement des échanges culturels franco-coréen
En plus de ce travail au long cours -tout à fait important-, il y a eu également quelques événements plus ponctuels mais d’un très haut niveau artistique, dont on parle encore aujourd’hui tant ils ont marqué les esprits . Ce fut, par exemple, le cas du merveilleux spectacle « Les Coréennes », sorte de bibimbap de culture coréenne traditionnelle et moderne, judicieusement conçu et présenté, en 1998, par une cinquantaine d’artistes remarquables au Festival d’Avignon ( 7 représentations affichant complet à la carrière Boulbon, qui ont bénéficié d’une excellente médiatisation).
On ne peut bien sûr citer ici toutes les manifestations et événements auxquels notre a Centre apporté sa contribution depuis qu’il a ouvert ses portes. Ils ont été nombreux et multiples et nous nous bornerons donc à n’en citer que quelques-uns parmi les plus importants. Tout d’abord, l’année 1986 a vu se dérouler la première grande célébration franco-coréenne, à savoir le 100e anniversaire de l’établissement des relations diplomatiques entre la Corée et la France. L’événement demeurait certes d’importance, mais les échanges franco- coréens étaient, à l’époque, moins nombreux et la connaissance en France de la culture coréenne encore peu développée. C’est sans doute pour cela que cette célébration n’a pas eu, en 1986, l’ampleur et la résonance que pourra avoir, vingt ans plus tard, la célébration du 120e anniversaire de ces mêmes relations(« Corée au Cœur »). Toutefois, trois événements avaient quand même, en cette année 1986, enthousiasmé les Français par leur excellence. Ce furent la magnifique exposition de maedup de Kim Hee-jin présentée à l’Espace Pierre Cardin, qui offrait une belle vision de l’esthétique, du savoir-faire et du raffinement coréens, le grand spectacle de la Compagnie Nationale de Danse et Musique de Corée au Théâtre de Paris, et le remarquable concert au Théâtre du Rond Point des Champs-Elysées, auquel participaient à la fois Kun Woo Paik, Dong-Suk Kang et le Trio Chung (respectivement en avril-mai, et le 4 et le 24 juin 1986).
En 1987, en prélude aux Jeux Olympiques de Séoul, la Corée sera l’invitée d’honneur de la Foire internationale de Rouen ; celle-ci mettra à notre disposition un pavillon de 2000 m2 qui accueillera, en plus des stands commerciaux, une grande exposition d’art ainsi que de nombreux spectacles, démonstrations et animations culturelles, qui attireront en 10 jours quelque 120 000 visiteurs ! Le succès public (démultiplié par la médiatisation des J.O. de 1988) sera tel qu’il entraînera, au cours des années qui suivront, plusieurs autres invitations de foires françaises importantes. Ainsi, la Corée sera mise à l’honneur successivement à Nancy, Rennes, Caen, Albi, Valence..., toutes ces présentations permettant à un large public populaire français d’avoir un premier contact avec la culture coréenne.
Parmi les manifestations culturelles plus spécifiques particulièrement marquantes qu’on a pu voir en France, ces dernières années, dont la plupart ont été organisées, co-organisées ou soutenues par notre Centre et qui ont eu, pour certaines, surtout dans le domaine des arts du spectacle, un bel écho international, on peut aussi citer, chronologiquement, pour mémoire :

Bartabas dans une scène du spectacle équestre « Éclipse » auquel ont participé 6 musiciens traditionnels coréens et la chanteuse de pansori Chung Sung-Sook. Le spectacle a été présenté au Festival d’Avignon, en 1997, puis en tournée mondiale jusqu’à fin 1999.

Festival d’Avignon 1998
Parade de la troupe Samulnori Hanulim de KIM Duk-soo, sur le parvis du Palais des Papes
■ L’exposition « La Corée, ses J.O. et ses joyaux », à la Maison de Radio France (1988), montrant dans le hall de Radio France nombre d’objets d’art et d’artisanat représentatifs de la culture coréenne.
■ La 1re grande rétrospective du cinéma coréen - évoquée précédemment -, qui donnera aussi lieu à la publication fin 1993, par les éditions du Centre Pompidou, du 1er ouvrage consacré à la cinématographie coréenne, intitulé « Le cinéma coréen ».
■ Les « Belles Etrangères » Corée, qui ont permis au public français de découvrir, en novembre 1995, treize écrivains coréens contemporains - renommés et pour la plupart traduits en France - venus, à l’invitation du ministère de la Culture français, participer à des rencontres, des signatures, des lectures et débats organisés aux quatre coins de l’Hexagone.
■ L’exposition « Hommage à Bernard Anthonioz », qui nous a permis, en 1997, d’accueillir au Centre culturel une quinzaine d’artistes peintres coréens et étrangers, de renommée internationale, et qui fut, à l’époque, inaugurée par le président de la République française M. Jacques Chirac.
■ Le spectacle équestre de Bartabas, « Éclipse », intégrant musique traditionnelle coréenne et pansori. Ce fut un énorme succès à la fois en France (Festival d’Avignon 1997, Aubervilliers) et à l’étranger (Allemagne, Autriche, Suisse, Belgique, Etats- Unis). Le spectacle fera l’objet, de 1997 à 1999, de 376 représentations permettant à 432 000 spectateurs occidentaux de découvrir la musique coréenne.
■ « Les Coréennes » de 1998 - évoquées précédemment - , fabuleuse mise en lumière à Avignon des arts de la scène coréens, qui reste encore dans toutes les mémoires (voir notre article « Festival d’Avignon, les artistes coréens dans la cité des papes », Culture Coréenne N°49, p. 2). Ce superbe spectacle, présenté à la fois au grand public et aux professionnels internationaux, aura joué, un peu comme la rétrospective du Centre Pompidou fin 1993 en matière de cinéma, un rôle révélateur et déclencheur ; il suscitera, dans les années qui viendront un accroissement notable de collaborations artistiques, d’échanges, et de représentations coréennes devant le grand public à la fois en France et dans d’autres pays du monde.

Festival d’Automne 2002
La troupe de l’Instititut national coréen de musique et de danse traditionnelles s’est produite à Paris au Théâtre du Châtelet.
■ « Tambours sur la digue », créé en septembre 1999 à Paris par Ariane Mnouchkine et qui remportera, jusqu’en 2002, un gros succès à travers le monde (plusieurs centaines de représentations à Anvers, Montréal, Tokyo, Séoul, Sydney...) sera justement un modèle de collaboration franco-coréenne, entre les comédiens du Théâtre du Soleil et les percussionnistes de la troupe de Kim Duk-soo venus pendant plusieurs mois en France, en amont de la création, pour leur enseigner l’art des percussions coréennes.
■ La participation au Festival d’Automne à Paris, en 2002, de plusieurs troupes de Corée, parmi lesquelles celle de l’Institut national coréen de musique et de danse traditionnelles, la troupe Samulnori Hanullim de Kim Duk- soo et la compagnie Unyul Talchum (au total 160 artistes du plus haut niveau), qui se sont produites dans de grands théâtres de la capitale : Théâtre du Châtelet, Théâtre de la Ville, Théâtre des Bouffes du Nord...
■ L’adaptation du « Bourgeois Gentilhomme » dans une mise en scène d’Eric Vigner, avec comédiens, danseurs, chanteurs et musiciens traditionnels du Théâtre National de Corée, fut également un étonnant spectacle. Créé en 2004 à Séoul, puis également joué cette même année au Théâtre de Lorient, il sera repris, en 2006 (dans le cadre du programme « Corée au Cœur » célébrant le 120e anniversaire des relations diplomatiques entre la Corée et la France), à Séoul, à l’Opéra Comique de Paris (pour une quinzaine de représentations !) et à la Scène nationale Le Quarz de Brest. Ce fut là un très bel exemple de coproduction franco-coréenne entre le Centre Dramatique National de Bretagne – Théâtre de Lorient et le Théâtre National de Corée.

Festivals à la cinémathèque française Rétrospective consacrée à Im Kwon-taek (2001) et cycle « Cinquante ans de cinéma coréen » (2005)
■ La rétrospective « 50 ans de cinéma coréen » présentant (en 2005) à travers 50 films la création cinématographique coréenne des années 1960 à nos jours, manifestation proposée par la Cinémathèque française qui avait déjà rendu en 2001 un bel hommage en 18 films à Im Kwon-taek.
■ Tous les événements (plus d’une centaine, dont « Le bourgeois gentilhomme » précité) qui se sont déroulés, en 2006, dans le cadre de la célébration « Corée au Cœur » et en particulier les concerts du maître du gayageum Hwang Byung-ki à la Maison des Cultures du Monde (27 et 28 février), la féerique représentation de danse « Korean Fantasy », donnée par la troupe du Théâtre national de Corée à l’Opéra royal du Château de Versailles (8 juin), et le grand spectacle « Traditions millénaires de Corée », présenté en clôture Salle Pleyel par les artistes de l’Institut national coréen de musique et de danse traditionnelles (16 et 17 décembre).
■ Le remarquable spectacle du danseur Yong- Bu Ha, accompagné par l’ensemble Baramgot, se produisant dans le cadre du Festival de l’Imaginaire à l’Opéra Bastille (30 et 31 mars 2009).
■ Le festival « Bains numériques » dont la Corée fut l’invité d’honneur en juin 2010 et qui fut incontestablement, à ce jour, la plus importante manifestation consacrée en France aux arts et artistes numériques coréens. La programmation du festival fut mise sur pied en étroite collaboration avec notre Centre et avec son soutien actif.
■ La manifestation « Escapade en Corée » au Musée du Quai Branly (du 23 septembre au 2 octobre 2010), proposant, en plus des deux spectacles phares « Banquet royal à la cour de Corée » et « Cérémonie chamanique de Kim Keum-hwa, plusieurs conférences, ateliers et démonstrations donnant un bel aperçu de la culture coréenne.
Bien sûr, il ne s’agit là que de quelques exemples marquants parmi une pléthore d’événements et il nous est impossible d’inventorier, dans le cadre de cet article, toutes les manifestations culturelles, un peu partout en France, que nous avons directement organisées ou auxquelles nous avons participé et apporté notre soutien au long de ces années (au total, sûrement plusieurs milliers !).
En outre, il faut aussi ajouter à l’actif de notre Centre de multiples médiations et mises en relation visant à faciliter les contacts : entre festivals ou institutions françaises et coréennes, entre hautes personnalités du monde de la culture des deux pays, entre artistes plasticiens, entre éditeurs ou écrivains, entre troupes de musique de danse ou de théâtre... et, d’une façon plus générale, entre partenaires français et coréens dans de nombreux domaines de la vie culturelle.
Avancées et projets pour les années à venir
Evidemment, il reste encore beaucoup à faire pour que la culture coréenne, encore trop souvent confondue avec celles de ses voisins chinois et japonais, soit mieux connue en France. D’ailleurs, les Coréens qui fréquentent notre Centre - surtout les plus jeunes, qui n’étaient pas là dans les années 1980 - n’hésitent pas à nous le rappeler. Mais il faut tout de même reconnaître que nous avons, depuis toutes ces années, franchi bien du chemin et que la situation actuelle n’a rien à voir avec celle d’il y a trente ans , où notre travail était en plus rendu difficile par l’image plutôt négative du régime politique coréen qu’avaient, à l’époque, nombre de journalistes français.
Des progrès importants ont donc été accomplis depuis, qu’il s’agisse, par exemple, de cinéma (pratiquement pas un seul film coréen distribué en France avant les années 1990 et plus de 200 entre 1990 et aujourd’hui !), de littérature (apparition de collections coréennes chez Picquier, Actes Sud ou Zulma à peu près à la même époque et augmentation notable, depuis, du nombre d’éditeurs publiant des auteurs coréens) ou d’arts de la scène (accroissement du nombre de spectacles : musique, danse, théâtre...).

Représentation de danse « Korean Fantasy », donnée par la troupe du Théâtre national de Corée à l’Opéra royal du Château de Versailles (8 juin 2006)

Le danseur Yong-Bu Ha et l’ensemble Baramgot à l’Opéra Bastille (Festival de l’Imaginaire, mars 2009).
Sous l’impulsion de notre directeur actuel, M. Choe Junho, le 7e depuis l’ouverture du Centre***, nous nous employons depuis 2007, pour ce qui est des événements hors les murs, à limiter les manifestations où nous sommes les seuls organisateurs et à initier le maximum de contacts afin de multiplier les partenariats avec les institutions, festivals et salles françaises (scènes nationales, théâtres, cinémathèques...) susceptibles d’inclure des spectacles coréens dans leur programmation. Ainsi, intégrés dans une vraie saison culturelle, ces spectacles peuvent bénéficier d’une médiatisation générale ne pouvant que favoriser une meilleure diffusion. A ce propos, il faut d’ailleurs souligner que les événements culturels coréens sont aujourd’hui, et tout particulièrement depuis une dizaine d’années, beaucoup plus médiatisés qu’avant, le public français étant maintenant, d’une façon générale, bien mieux informé sur la culture coréenne.
***Depuis qu’il a ouvert ses portes, en 1980, le Centre Culturel Coréen a été successivement dirigé par Messieurs : Yang Hai-yup (1980-1985), Chang Duk-sang (1985- 1992), Cho Seong-chang (1992-1998), Ji Gon-gil (1998- 2000), Sohn Woo-hyun (2000-2004), Mo Chul-min (2004-2007) et Choe Junho (2007 à aujourd’hui).
De même, en plus de l’accueil que nous réservons aux plasticiens coréens dans nos murs, un effort tout particulier a été fait, ces dernières années, pour leur apporter une aide concrète (soutien financier) lors de contacts avec des galeries françaises et autres établissements culturels susceptibles d’exposer leurs œuvres. Les aides aux musiciens ne sont pas en reste. En effet, notre Centre encourage les jeunes instrumentistes coréens prometteurs qu’il accueille souvent pour des concerts - parfois avec des artistes français ou d’autres nationalités - et apporte aussi, d’une façon plus générale, son soutien aux associations musicales les aidant à se produire en France.
Par ailleurs, notre directeur actuel, M. Choe Junho, a lancé, en 2008, un nouveau festival, « Rêves d’enfants », spécialement destiné au jeune public, qui se déroule chaque année en novembre, durant une semaine, et nous a déjà permis d’accueillir dans nos murs de nombreuses classes d’écoles primaires parisiennes. Ce festival très ludique et interactif, qui en est, cette année, à sa 3e édition, plaît beaucoup aux tout petits et remporte un gros succès (voir notre article p. 24, évoquant l’édition 2010).
Enfin, le développement de nos activités culturelles, nos cours et ateliers, ayant pris beaucoup d’ampleur et l’intérêt pour la culture coréenne allant croissant, l’idée d’un nouveau Centre Culturel Coréen à Paris, plus spacieux et plus fonctionnel, semble faire son chemin et il est possible qu’elle puisse se concrétiser dans les années à venir.
En attendant, heureux de fêter son 30e anniversaire, notre Centre continuera à œuvrer pour que la richesse et la singularité de la culture coréenne soient reconnues en Occident et, en particulier, pour rendre celle-ci plus proche de nos amis français. Cela reste toujours pour toute notre équipe, en cette fin d’année festive, un très beau et stimulant challenge à relever !
Quelques mots de nos amis et partenaires
“Dès leur création, l’un en 1980, l’autre quelques mois plus tard, le Centre Culturel Coréen et la Maison des Cultures du Monde ont engagé une collaboration qui ne s’est jamais distendue ni démentie. Une collaboration entre des instituions n’est possible que lorsqu’il y a une collaboration entre les personnes en charge de ces institutions. Mes sept collègues qui se sont succédé à la tête du CCC sont devenus des amis avec lesquels nous partagions le même objectif : faire connaître la culture coréenne en France. A l’époque, il y a trente ans, nous prêchions dans un dé- sert et la Maison des Cultures du Monde surprenait en 1981 en programmant une nuit entière de Pansori. Le parcours fut très dur au début, mais c’est grâce à notre foi commune que nous avons surmonté les obstacles et gagné la bataille. Merci à mes sept collègues coréens de m’avoir permis de me confirmer dans l’amour que je porte à la culture de leur pays et d’avoir permis au public français de partager cet amour.”
Chérif KHAZNADAR
Président de la Maison des Cultures du Monde
Cet anniversaire est l’occasion de saluer le remarquable travail accompli au fil des années par le Centre culturel qui a su faire découvrir au public français les multiples facettes de la culture et de l’art de vivre coréens, de la tradition à la modernité la plus contemporaine, aussi bien dans ses murs qu’en essaimant à Paris et dans toute la France.
Tous ceux qui s’intéressent à la Corée, à sa langue, à sa culture et à son histoire ont plaisir à se retrouver lors des nombreuses manifestations organisées par le Centre où ils sont toujours chaleureusement accueillis. Le professionnalisme, le dynamisme et les qualités humaines des membres de l’équipe, français aussi bien que coréens, ont fait du Centre, pour les Français comme pour les Coréens, un point de ralliement qui a grandement contribué depuis 30 ans au développement du dialogue entre les deux cultures.
Le Centre culturel coréen est ainsi devenu pour le Ministère de la Culture et de la communication un partenaire incontournable. Qu’il soit permis en ce trentième anniversaire de lui souhaiter une longue et belle vie.
Marie-Christine LORANG
Chargée des relations avec l’Asie et l’Océanie au Ministère de la Culture et de la Communication
Durant ces trois décennies, le Centre culturel coréen a su peu à peu s’affirmer et faire ainsi passer la Corée de sujet d’étude réservé à un petit nombre à l’état de pays à découvrir. Découverte largement réussie grâce aux initiatives aussi nombreuses que variées, destinées non seulement au public parisien mais dont la province a également largement profité. Le cinéma coréen en est un excellent exemple. Puisse ce lieu convivial garder sa dynamique et continuer à nous faire aimer la Corée et les aspects multiples de sa culture.
Marc ORANGE
Coréanologue
Le Centre Culturel Coréen était, les premières années, un lieu tranquille et calme. Puis, au fil du temps, la fréquence et la qualité des expositions ont augmenté, les rayons de la bibliothèque se sont garnis, les publications, CD et DVD se sont multipliés. Les étudiants en langue coréenne, les jeunes Coréens et les Français s’intéressant à la culture coréenne sont maintenant très nombreux à fréquenter le Centre qui est devenu beaucoup plus animé. C’est aujourd’hui un lieu agréable et accueillant où on aime se rendre et qui contribue beaucoup à une meilleure connaissance en France de la Corée et de sa culture. Je souhaite un très bon 30e anniversaire au Centre et à toute sa sympathique équipe avec laquelle c’est toujours un plaisir de travailler.
Dauphine SCALBERT
Céramiste
Je me souviens d’avoir assisté à l’inauguration du Centre Culturel Coréen le 16 décembre 1980. Son premier directeur était, à l’époque, M. Yang Hai-Yup qui a ouvert grand les portes de l’établissement pour accueillir à la fois les amis français et les ressortissants coréens en France. J’ai eu depuis, à plusieurs reprises, la chance de pouvoir contribuer aux activités très riches et diversifiées du Centre, en tant qu’ami, conférencier et consultant sur la musique traditionnelle coréenne. Au fil des années, à travers de nombreux articles d’une grande valeur et grâce au travail efficace de M. Georges Arsenijevic, la revue « Culture Coréenne », publiée par le Centre, est devenue une mine intarissable de connaissances sur les traditions ancestrales et le développement des arts contemporains du Pays du Matin Calme. Des concerts, des spectacles, des expositions, des projections de films divers, organisés par l’équipe du 2 avenue d’Iéna, ont reçu un excellent accueil du public français et coréen. Le Centre Culturel Coréen a donc vraiment joué un grand rôle dans la diffusion de la culture coréenne en France. Je tiens à lui souhaiter un très bon 30e anniversaire !
TRAN Quang Hai
Ethnomusicologue du CNRS ( Centre National de la Recherche Scientifique )
30 ans de vie et déjà un nombre impressionnant d’événements, petits et grands, toujours intéressants, organisés dans l’enceinte du Centre ou présentés dans les espaces les plus prestigieux de Paris et de la province. En trente années, c’est quasiment toute la culture coréenne qui est passée “par les mains expertes” du Centre pour aller se glisser partout en France et marquer les cœurs de tous ceux qui se trouvaient sur son chemin et qui, depuis, gardent une immense passion pour la Corée. Bravo pour le travail accompli et très bon anniversaire au Centre culturel coréen !
Martine PROST
Directrice de l’Institut d’études coréennes / Collège de France
La Corée n’est pas loin. Elle est à cinq cent mètres du Musée Guimet, et ce depuis l’ouverture du Centre Culturel Coréen à Paris. Cette proximité n’est pas seulement géographique. Elle est aussi intellectuelle et institutionnelle, car elle ouvre une fenêtre sur le monde d’aujourd’hui qui ne va pas sans réflexion sur l’histoire ou bien le patrimoine. Depuis trente ans, les routes se sont croisées pour mieux faire connaître au public parisien une autre vision du monde, à l’autre bout de l’Eurasie, tout en rap- pelant l’ancienneté des liens entre France et Corée, puisque les premières collections coréennes sont exposées au musée Guimet dès 1893, presqu’un siècle avant l’ouverture du Centre Culturel Coréen. Trente ans est un bel âge, celui de la maturité, avec encore l’éclat de la jeunesse, et il ne me reste plus qu’à souhaiter tout le succès possible aux développements futurs d’un Centre déjà très bien ancré dans le paysage de Paris, au Centre bien sûr, mais aussi et d’abord à toute son équipe à qui revient tout le mérite d’avoir su le faire vivre.
Pierre CAMBON
Conservateur en chef du patrimoine / Musée Guimet
« Déjà trente ans ! On a du mal à envisager que le temps passe si vite. Mais c’est sûrement parce qu’il s’agit là d’une très bonne compagnie que ce Centre Culturel Coréen avec lequel nous avons organisé un bon nombre de soirées fort sympathiques et enrichissantes à présenter nos auteurs coréens traduits en français tels que Lee Seung-U ou Hwang Sok-yong, pour ne citer qu’eux. Et à découvrir maints aspects de la culture coréenne, que ce soit le cinéma, la peinture, la langue ou la cuisine ! Et puis il y a “ Culture Coréenne ” qui soutient nos efforts éditoriaux et ouvre ses colonnes à notre découverte de ce fascinant pays qu’est la Corée, comme lorsque j’y ai proposé, par exemple, mon « Carnet de Séoul ». Ce sont des souvenirs que l’on n’oublie pas. Et des expériences que nous avons envie de renouveler en envisageant rencontres et anthologies. D’autres événements à partager pour une meilleure connaissance réciproque de nos cultures, si riches, si proches.
Serge SAFRAN
Ecrivain, directeur littéraire des éditions Zulma.
Cet article est extrait du numéro 81 de la revue "Culture Coréenne", publication du Centre Culturel Coréen. Pour découvrir ce numéro dans son intégralité, cliquez ici.


