Parution aux éditions Ocrée du livre "Les débuts du cinéma en Corée" de KANG Chang Il

Par Bruno LAVILLATTE
Ecrivain et philosophe

Parution aux éditions Ocrée du livre

C’est un vrai choc que cette sorte d’archéologie du savoir autour des origines du cinéma coréen ! Tout d’abord parce qu’il n’y a presque rien à voir. Un seul film entier, Carrefour de la jeunesse, et la bobine du temps défile. à rebours. Il faut dire que la rigueur intellectuelle, et le plaisir partagé qui sous-tend la recherche de Kang Chang Il, transforment ce presque rien en une totalité cinématographique, une vision du monde - d’abord étrangère puis miraculeusement intime - une perception iconique et sociale inscrite dans le temps jusqu’à nos jours dans l’amour fou des Coréens pour le cinéma.

Ensuite, parce que ce travail de recomposition consistant à désenfouir des fragments de textes, de scénarii, d’images éparses mais aussi d’indications sonores, de photos, de littérature, de témoignages, est admirablement conduit à l’aune d’une sensibilité qui ne nuit pas à l’objectivité. Les fiches signalétiques des films remis en lumière ne sont pas seulement des descriptions froides ! Ce sont d’abord des émergences d’émotion que l’auteur nous invite à partager. Avec réussite. On dirait venir les images au monde ! C’est donc bien à une re-naissance à laquelle nous invite Kang Chang Il en ce qu’elle tient en main deux enjeux : faire revivre ce qui a disparu et construire sur un presque vide une nouvelle vision du cinéma coréen. Qui tient la route parce qu’elle se dévoile sur un horizon de vestiges irréductibles à une autre histoire que leur passé.

Enfin, aucune compromission de l’auteur sur la propre histoire de son pays et, par voie de conséquence, sur l’histoire de sa colonisation ou du jeu complexe des influences. Pour preuve, je vois dans les formidables pages de l’ouvrage concernant le passage des films muets aux films parlants, l’émergence douloureuse d’une voix libre du cinéma coréen où, l’Occident mis de côté, la grâce, la violence, la passion trouvent une expression singulière. Totalement singulière et à laquelle Kang Chang Il donne sans conteste une extension universelle. Pari réussi que ces Débuts du Cinéma en Corée parce qu’il nous invite à filmer intérieurement plus loin qu’un simple commencement.

Les débuts du cinéma en Corée
de KANG Chang Il

Parution : sept. 2020
Broché : 260 pages
Format : 15 X 21 cm
Prix : 23 €

Editions Ocrée
www.editions-ocree.fr

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