La communauté coréenne en France : identité, organisation et insertion
Par Bouriane LEE
Didactologue de langue et culture, conseillère pédagogique

Identités des Coréens en France
On recense environ 15 000 Coréens vivant en France. Cette population se répartit en trois catégories distinctes : étudiants et élèves, fonctionnaires et expatriés d’entreprises, résidents permanents. Quant à la proportion des trois catégories, l’ensemble des étudiants atteint au moins 50%, les expatriés en tout genre 10% et les résidents permanents 40%. A côté de ces groupes, il y a aussi deux entités d’origine coréenne : 15 000 Coréens adoptés depuis les années 1970 et quelques centaines de Chinois d’origine coréenne, arrivés en France depuis la fin des années 1990. Dans la population coréenne, la part des résidents permanents s’est accrue depuis les années 1990, ce qui est sans doute dû à l’augmentation du nombre de mariages mixtes contractés et à la naturalisation de la deuxième génération qui a accédé à la majorité. L’augmentation en nombre de cette dernière catégorie signifie que la communauté coréenne évolue vers une certaine stabilisation et diversification de ses activités économiques.
Ces trois groupes de Coréens en France n’évoluent qu’à un rythme très lent, contrairement aux autres communautés asiatiques. Le nombre de fonctionnaires et expatriés d’entreprises varie en fonction du volume des échanges entre les deux pays. Quant aux étudiants qui arrivent chaque année, on en dénombre en moyenne entre 1 500 et 2 000. Parmi eux, ceux qui effectuent un stage linguistique viennent généralement en France pour un an. Et, depuis la fin des années 1990, on remarque la présence de mineurs coréens isolés, soit accompagnés d’un seul parent (en général la mère) soit accueillis par une famille mandatée.
Le niveau d’études de ces étudiants est très élevé, la majorité d’entre eux possédant un diplôme supérieur à Bac + 4. On remarque une surreprésentation de la population féminine (deux fois plus de femmes que d’hommes), ce qui n’est pas sans lien avec les domaines d’études prédominants des Coréens, qui sont majoritairement l’art et les sciences humaines.
Quant aux villes et lieux de résidence, conformément à la tendance générale chez les étrangers, la majorité des Coréens (70%), vivent ou séjournent en Ile-de-France. Les 30% restant se répartissent dans quelques grandes villes (Lyon, Toulouse, Aix-en-Provence, Rouen, Strasbourg, Bordeaux, Nantes, Grenoble, Montpellier.., classées par ordre d’importance), toutes universitaires, ce qui atteste du fait que la majorité de la population coréenne en France est constituée d’étudiants. Les résidents coréens à Paris sont principalement présents dans les 15e, 13e, 16e et 14e arrondissements. La concentration dans ces quartiers plutôt bien cotés (qualité de vie, nombreuses écoles...) s’explique aussi par la présence de nombreux commerces coréens qui s’y sont établis : restaurants, épiceries, etc. Cependant, depuis quelque temps, on constate aussi la présence de Coréens dans d’autres quartiers. Ces deux phénomènes -concentration dans quelques quartiers et dispersion généralisée en parallèle- sont, à notre avis, d’assez bons révélateurs de la caractéristique de la population coréenne de Paris, qui se répartit en trois classes sociales différentes : la classe la plus aisée, comprenant les cadres d’entreprise, les diplomates expatriés et les résidents permanents bien insérés dans leur activité professionnelle, la classe moyenne composée de gens qui disposent de ressources stables leur permettant de vivre sans trop de souci matériel, et enfin, une classe défavorisée sans ressources régulières, dont font partie la plupart des étudiants ainsi qu’un certain groupe de Coréens en séjour prolongé (pour diverses raisons), vivant isolés dans une relative précarité, faute d’une insertion économique adéquate. Avec la diversification de la population, les disparités sont devenues fortes et il semblerait que les divisions sociales existant en Corée se reproduisent aussi en France.
Les activités professionnelles des Coréens en France
Les activités professionnelles des Coréens se divisent en deux branches distinctes : les commerces indépendants, d’une part, et les professions libérales et les employés de bureau, d’autre part. En 2011, on recense 213 commerces de Coréens* enregistrés dans l’annuaire des adresses pour les résidents.
*Commerces des Coréens : restaurants (82), sociétés import/export (27), magasins d’alimentation (21), agences de voyage (17), hôtels et auberges (14), académies de taekwondo (13), salons de coiffure (11), maroquineries et vêtements (11), écoles de langues (8), magasins de détaxe (5), galeries (4).
Les commerces les plus importants des Coréens concernent trois secteurs, par ordre d’importance : le tourisme et la restauration, l’import-export et la mode. Ces commerces relèvent de ce que l’on appelle l’ethnic business, car ils s’appuient sur le sentiment de nostalgie de la patrie perdue (images, odeurs, saveurs, couleurs, sons...) de leurs compatriotes. Ils sont donc intra-communautaires, orientés d’une part vers les touristes coréens et, d’autre part, vers les ménages coréens, à travers la restauration, les services touristiques, la distribution de biens et de services de consommation alimentaires, esthétiques et culturels. Une des raisons principales de l’émergence de ce genre de commerces est évidemment que l’on peut les ouvrir sans investissement financier trop lourd. De ce fait, ils sont en général de petite taille et ont une organisation familiale. Cependant, il est à noter qu’un certain nombre d’entre eux sont transnationaux, du fait de leur mobilité transnationale accrue. Ainsi, on compte en ce moment plus d’une vingtaine de commerces internationaux indépendants.
En ce qui concerne les professions libérales et les employés de bureau, leur nombre augmente en rapport avec celui des résidents permanents de la communauté. Pour les premières, les artistes plasticiens professionnels constituent la majorité avec une centaine de personnes déclarées, sans compter ceux en séjour temporaire. Ensuite, viennent les musiciens, les enseignants et chercheurs universitaires, les traducteurs-interprètes, médecins, professeurs de taekwondo, avocats, architectes, consultants d’entreprise. A partir des années 1990, la deuxième génération commence à percer dans les secteurs à haute qualification, tels que avocat ou médecin.
A côté de ces professions libérales, une grande partie des Coréens travaillent également dans des entreprises appartenant à des compatriotes. Seule une minorité travaille en milieux français. Les grandes entreprises et institutions coréennes jouent donc un rôle important dans leur embauche et leur insertion.
Réseaux communautaires et activités associatives des Coréens
Si l’on veut mesurer l’ampleur et l’impact de la présence coréenne en France, il convient de prêter attention aux aspects organisationnels de cette communauté et à ses activités associatives. A l’heure actuelle, la communauté coréenne compte 135 organisations institutionnelles, établissements publics, entreprises et regroupements associatifs**.
**Institutions et organisations : 16 institutions officielles, 20 entreprises coréennes, 7 bureaux de compagnies aériennes, 2 banques, 9 correspondants de journaux/TV, 10 associations des résidents coréens, 16 écoles coréennes au statut associatif, 25 églises et temples, 30 associations diverses.
Les associations coréennes sont nombreuses et jouent sur divers registres : réseaux industriels, filières commerciales, regroupements scientifiques, éducatifs, culturels, sportifs, amicaux et religieux. On peut recenser, tout statut confondu, 56 associations civiles et 26 groupements à caractère confessionnel. Ces associations ont connu une poussée explosive depuis la fin des années 1980. Statutairement, on distingue deux types d’associations : celles qui sont déclarées au Journal Officiel et celles à statut informel. La myriade d’associations des résidents peut être classée en trois catégories : associations qui représentent la communauté coréenne auprès du gouvernement coréen ; celles qui ont des objectifs généraux, culturels et sociaux, qui sont le plus souvent en phase avec la société française et dont les adhérents sont aussi bien français que coréens ; celles qui ne concernent que des Coréens voulant se rassembler, en raison de leurs origines, du fait d’avoir fréquenté les mêmes établissements universitaires ou secondaires, ou de leurs préoccupations professionnelles communes.
Les associations du premier groupe naissent souvent des besoins à la fois officiels et amicaux sur initiative de groupes d’étudiants coréens. Elles œuvrent actuellement à Paris, Toulouse, Strasbourg, Lyon, Grenoble, Bordeaux, Montpellier, Aix. Celle de Paris créée en 1970 sous le nom de l’Association des Résidents Coréens de France, est la plus ancienne et la plus importante. Les autres sont plus récentes. La plupart d’entre elles se sont formées à la fin des années 1990 dans le courant de la décentralisation administrative française. Elles sont le plus souvent menées par une poignée de Coréens volontaires. Elles organisent, avec le soutien gouvernemental, diverses manifestations annuelles ou ponctuelles (fêtes, pique-niques, compétitions, concerts...) et rassemblent ainsi les membres de la communauté. Elles se mobilisent aussi en France pour leurs compatriotes en situation d’urgence, y compris les Nord-coréens ou Chinois d’origine coréenne.
Les associations appartenant au deuxième groupe ont été fondées, selon les cas, par des personnalités françaises et/ou coréennes, souvent issues des milieux politique, économique et scientifique. Elles mobilisent de petits réseaux de volontaires, coréens et français amis de la Corée. Comme beaucoup d’associations françaises, leurs activités varient en fonction de la disponibilité et du dynamisme du noyau de membres qui les animent. Ces associations apparaissent au grand jour surtout lorsqu’elles organisent des manifestations publiques.
Les troisièmes sont nées, le plus souvent, de l’initiative d’un petit groupe d’amis qui se rassemblent sur des bases variées : regroupement convivial d’anciens d’une même université ou d’un même lycée, regroupement de professionnels (restaurateurs coréens, guides interprètes, PME coréennes d’import-export, grandes entreprises...), initiative d’artistes ou d’étudiants réunis autours d’un intérêt ou d’un projet commun (par exemple celui de la promotion professionnelle ou d’études), ou bien encore regroupement d’amis réunis autour de sports ou loisirs partagés. Ainsi, l’Association des restaurateurs coréens fait régulièrement preuve d’esprit de solidarité, à la fois vis-à-vis de ses membres et des Coréens en difficulté. Elle pratique périodiquement la tontine pour financer l’entraide, suivant une coutume coréenne ancestrale. Elle soutient aussi depuis de longues années, à l’initiative de quelques personnes dévouées***, l’école coréenne et subvient à ses frais de fonctionnement. Actuellement, elle récolte des fonds pour un projet d’acquisition d’un bâtiment scolaire indépendant. L’association Import- Export PME Coréennes, créée en 1996, essaie d’augmenter le volume d’exportations vers la France et explore de nouveaux marchés à travers des concertations stratégiques pour le choix d’articles et leurs mises en vente. Dans cette optique, elle organise, depuis 1999, en partenariat avec le KOTRA, un séminaire annuel sur les pratiques d’import-export, qui a beaucoup de succès auprès de la communauté coréenne. Les associations des Professionnels du tourisme se sont créées dans les années 1990 suite à l’euphorie du développement des voyages internationaux des Coréens dans les années 1980. L’Association des Agences de voyages des Coréens en France a vu le jour en 1994, celles des Guides et des Agences de vente de billets d’avion coréens en France en 1995. Cependant, la situation catastrophique de l’économie nationale, consécutive à la crise de 1997, a entraîné une chute brutale du tourisme coréen et a secoué toute la communauté coréenne, en premier lieu les professionnels du tourisme. Ainsi, en plus de certains restaurants et hôtels, plusieurs agences de voyages ont fait faillite et la moitié des guides touristiques ont été contraints de quitter la France. Depuis les années 2000, le secteur est peu à peu sorti de cette période de récession, mais sans jamais toutefois retrouver l’âge d’or du début des années 1990.
***Nous pouvons citer, entre autres, M. Lee Chul-Chonget ChoMan-Ki, respectivement propriétaires du restaurant Han-lim et Woojeong.
En ce qui concerne les associations d’artistes, on en dénombre six dont les plus connues sont L’Association des jeunes artistes coréens et l’Association coréenne du cinéma en France. La première, créée en 1983 par les étudiants coréens de l’Ecole des Beaux-arts de Paris, rassemble aujourd’hui les jeunes talents coréens de France et organise régulièrement des expositions dans divers endroits et pays. Elle contribue à la fois à l’internationalisation de l’art et du talent coréen et à l’enrichissement de la vie artistique française. La deuxième a, elle, été créée à l’occasion du festival du cinéma coréen au Centre Pompidou, en 1993/1994. Elle organise diverses activités dans le but de promouvoir des échanges entre ses membres et servir de pont entre les deux pays dans le domaine du cinéma.
Quant aux associations d’étudiants et chercheurs, on peut citer principalement l’Association des scientifiques coréens en France, créée en 1976 avec le soutien du président de l’époque, Park J-H. Elle rassemble étudiants et chercheurs coréens du domaine des sciences et de la technologie. Elle aide ses membres à trouver des stages ou du travail et joue un rôle d’intermédiaire pour les échanges scientifiques et technologiques entre la Corée et la France.
En plus de ces associations, on note l’existence d’autres regroupements importants autour des églises. A l’heure actuelle, on dénombre 25 établissements à caractère confessionnel dont 2 catholiques, 3 bouddhistes et 20 protestants. La plus ancienne structure catholique est la Communauté catholique coréenne de Paris (1953). A l’opposé de cette structure, unitaire, centralisée et peu contraignante, les églises protestantes coréennes sont nombreuses. Elles ont connu leur première implantation en 1971 sous le nom d’Eglise protestante des Coréens en France et ont essaimé massivement dès les années 1980. Elles regroupent, selon l’établissement et la période, de 50 à 400 membres. Les principales communautés protestantes coréennes se rattachent aux églises presbytérienne, baptiste, réformée, méthodiste et évangélique et la plupart sont localisées à Paris. Leurs lieux de culte sont souvent provisoires et mouvants, car généralement loués pendant les heures creuses auprès des églises protestantes, ou aménagés dans des lieux d’habitation. En cas de location auprès des églises françaises, d’une façon générale, la cohabitation se passe dans un climat de bonne entente et d’estime réciproque. La communauté coréenne essaye de gêner le moins possible l’église d’accueil, en programmant ses activités en dehors des heures habituelles de la communauté hôte, ce qui explique l’heure inhabituelle de la messe dominicale des Coréens, qui a lieu dans l’après-midi et non dans la matinée.
Malgré une infrastructure relativement précaire et exiguë, les églises coréennes sont très bien organisées et font preuve d’un dynamisme remarquable en déployant des activités aussi variées que créatives. Elles observent non seulement des cérémonies et rites religieux mais célèbrent aussi les fêtes nationales. Elles organisent en outre divers rassemblements à caractère sportif, culturel ou amical (compétitions sportives, journées ou sorties spirituelles ou amicales), sans oublier les célébrations d’événements personnels (anniversaires, fêtes à l’occasion du retour au pays d’un membre, etc.). En un mot, les rassemblements en ces lieux de culte sont autant d’évènements qui témoignent d’une vie sociale intense et active chez les migrants coréens.
Aspects d’insertion des Coréens
Les questions d’insertion se posent de manière plus ou moins intense selon le public considéré. Pour les expatriés des entreprises, les étudiants en court séjour, l’insertion n’est ni un devoir ni une nécessité urgente, car ils sont là de passage. Ils peuvent donc se permettre de vivre selon un mode de vie à la coréenne. En revanche, la question de l’insertion revêt une importance cruciale quand il s’agit de Coréens en long séjour ou de résidents permanents. Pour eux, s’intégrer à la société française (culturellement et professionnellement ) est une question de survie.
Les gens qui travaillent en tant que salariés ou indépendants sont ceux qui se sont, en principe, bien intégrés dans la société d’accueil, puisqu’ils ont dû acquérir les compétences linguistiques et professionnelles requises dans leur vie professionnelle. Les plus en difficulté sont parfois ceux qui ont le plus de qualifications, car les possibilités réelles offertes par la société française ne répondent pas généralement à leurs attentes. Ceci est d’autant plus vrai que la majorité des diplômés coréens en France sont diplômés en sciences humaines et sociales dont les débouchés sont limités, même pour les autochtones. Les Coréens diplômés - voire même surdiplômés - ont du mal à percevoir la réalité telle qu’elle est et à changer de cap pour s’orienter vers des perspectives professionnelles plus réalistes, tenant compte des réelles possibilités de débouchés dans la société française. Ce qui explique chez eux le manque de tentatives de formation professionnelle au-delà de leurs formations académiques. Or, toute insertion professionnelle, et encore plus pour les étrangers, passe par des remises à niveau, des recyclages et des formations complémentaires. Mais rares sont ceux qui cherchent à se faire aider par les services publics dans leur démarche d’insertion dans le monde de travail. Par conséquent, les Coréens surdiplômés s’orientent souvent, par défaut, vers un travail indépendant ou un petit commerce.
De même, les artistes qui ont choisi la France pour y exercer leurs activités connaissent de grandes difficultés. En effet, ils doivent accepter n’importe quel travail pour survivre. Parfois, ils se trouvent dans la même situation précaire que les immigrants illettrés d’autres pays. Ils vivent cette situation avec amertume et ressentent un fort sentiment d’injustice et de frustration.
Ceux qui souffrent le plus sont sans nul doute les étudiants réalisant de longues études et les conjoint(e)s de couples mixtes, ou encore les personnes seules qui effectuent des séjours prolongés. A force de vivre immergés dans la société française, ils finissent par acquérir des compétences linguistique et culturelle leur permettant de vivre sans trop de difficultés. Mais ce n’est pas pour autant qu’ils peuvent trouver une solution au problème de l’insertion professionnelle. Au contraire, ils ressentent souvent une pression et une tension du fait de la nécessité d’intégration à la société française. Certains ne s’en sortent pas indemnes psychiquement. D’autres vivent même de véritables drames humains.
Les freins à l’insertion chez les Coréens se résument ainsi : manque de compétences linguistique et culturelle ; niveau et domaine d’études peu adaptés au marché de travail ; manque de compétences opérationnelles ; méconnaissance du marché de travail.
Afin de sortir de ces difficultés, les Coréens fréquentent leurs églises et y trouvent du réconfort. Les communautés protestantes, structurées autour de la famille du pasteur et de ses proches, leur offrent un cadre sécurisant quand ils se sentent dépaysés, seuls, ou/et en situation de marginalisation sociale. Ils y retrouvent aussi le sens de la fraternité à laquelle les Coréens aspirent. Cette valeur permet aux déracinés de surmonter l’adversité et de garder espoir. Autour de l’église, on tisse, en général, des relations récréatives et de secours mutuel. Les églises coréennes servent ainsi de lieu de rassemblement, de ciment pour les communautés confrontées aux difficultés existentielles de ses membres. Elles s’occupent du corps comme de l’âme, en fournissant une série de réponses -plus ou moins adéquates- aux problèmes posés par les changements socio-économiques. Elles sont aussi des lieux de défoulement (sentimental) et de ressourcement. Bref, cette « religion affective » est en liaison fonctionnelle avec la situation économique et sociale de la communauté.
De toute évidence, les Coréens préfèrent les structures à caractère affectif plutôt que social. Cela explique en partie pourquoi ils désertent l’ARCF au profit d’autres types de rassemblements plus intimes. On y trouve une certaine reproduction du modèle de pratiques culturelles du pays d’origine, auxquelles se mêlent des influences philosophiques confucéennes et religieuses (comme le christianisme et le bouddhisme), où le code de bonne conduite prescrivant fidélité, piété filiale, politesse et loyauté constitue la clé de l’intégration et de la réussite sociale. D’ailleurs, il est évident que la rencontre du christianisme avec la culture coréenne a été très féconde puisque celui-ci s’est très largement propagé dans toute la population. Aujourd’hui, la pratique du christianisme est, chez les Coréens, plus affective que rationnelle. On y cultive surtout la part sentimentale de l’âme.
Si l’église coréenne joue un rôle social indiscutable dans les situations exceptionnelles qui donnent force et cohésion au groupe communautaire, ce type de regroupement autour de l’église a ses limites, du fait de son caractère confessionnel. Notamment, il lui est impossible de répondre à tous les problèmes rencontrés par ses membres, car beaucoup sont hors de ses compétences. En effet, pour trouver des réponses aux questions autres que confessionnelles (juridiques, sociales, culturelles, professionnelles...), il faut avoir des compétences adéquates, d’où la nécessité d’une structure à caractère laïque.
Conclusion
Nous avons considéré la communauté coréenne sous un angle délimité afin de mieux la saisir dans son contexte global. Nous avons vu que cette communauté est, bien que peu nombreuse, une réalité vivante avec ses structures et ses activités très identitaires. Elle n’est pas figée et reste mouvante. Elle change au fur et à mesure que les infrastructures se modifient suite aux changements de la situation économique de ses membres et également de son pays d’origine. Ce qui pose de nouveaux problèmes qu’il faut bien résoudre. Les pressions qui s’exercent sur cette communauté, les changements des besoins ou désirs de ses membres, sont autant de facteurs de modification de ses valeurs et institutions. Il suffit d’observer la manière dont se forment, disparaissent ou se transforment les différents types de regroupements, et aussi d’étudier les facteurs qui régissent ces mutations, pour mettre en évidence les traits caractéristiques de cette communauté et de son évolution au sein de la société française.
Avec les bouleversements actuels des structures économiques et sociales, il est probable que d’autres changements surviendront dans les années qui viennent mais on ne peut, bien sûr, les prévoir.
Depuis un demi-siècle, la France est considérée par les Coréens comme un pays de grande culture et une destination prisée pour les études supérieures. Un bon nombre de ceux qui font partie de l’élite coréenne ont côtoyé et apprécié son apport unique. D’autres en ont fait leur pays d’adoption avec lequel ils ont tissé des liens d’attachement forts. Et comme dans toute histoire d’amour, il y a eu aussi des moments de doute et de frustration, dus à l’incompréhension et à l’indifférence. Certains ont dû faire des sacrifices et ont connu des souffrances. Mais comme dans toute histoire d’amour qui dure, on continuera à s’aimer. Il est néanmoins important d’accroître la compréhension mutuelle des deux partenaires, ce qui nécessite des efforts réciproques : la communauté coréenne doit essayer de mieux s’intégrer dans la société française, laquelle devrait, de son côté, mieux appréhender les spécificités de la communauté coréenne, la dimension de son identité collective, et comprendre les difficultés d’intégration de ses membres. Si les membres de l’élite coréenne, qui ont côtoyé la culture française, veulent se donner pour tâche morale de transmettre, dans leur patrie, une vision du monde différente de celle préconisée par l’Amérique, la France a beaucoup à leur apporter, notamment, en les accompagnant dans leur apprentissage de l’esprit démocratique, de la liberté et de la diversité. Il reste alors un chemin à parcourir ensemble dans un partenariat se faisant sur un pied d’égalité, pour la défense des valeurs partagées.
Livres et articles de l’auteur sur le sujet
1. L’histoire des résidents coréens en France, ouvrage collectif, Fondation coréenne pour les Coréens à l’étranger, 2003 (en coréen), 500p.
2. L’interculturel entre l’Orient et l’Occident - les particularités et les difficultés à travers les cas des résidents coréens en France, Actes de colloque de l’ARIC, 2000, 6p.
3. La communauté coréenne en France : du point de vue de ses aspects organisationnels. Actes de colloque du 120e anniversaire des relations diplomatiques franco-coréennes, 2006, 20p.
Cet article est extrait du numéro 82 de la revue "Culture Coréenne", publication du Centre Culturel Coréen. Pour découvrir ce numéro dans son intégralité, cliquez ici.


