Hommage à Han Mook

Par Patrice de la PERRIÈRE
Directeur du magazine « Univers des Arts »

Hommage à Han Mook

« Han Mook était un grand peintre qui a traversé toute l’histoire récente de la Corée. »

Né en 1914 et décédé à Paris le 1er novembre 2016, Maître Han Mook était et reste l’une des figures les plus reconnues et les plus respectées du monde artistique coréen. C’était un lettré et un poète qui alliait l’érudition et la curiosité, toujours en quête d’une vérité qu’il cherchait sans cesse et lui permettait d’oser et de découvrir. Han Mook était le doyen des artistes coréens en France car il arriva à Paris en 1961. Il fut choisi pour être le premier président de l’Association des Coréens à Paris de 1968 à 1972.

Si à ses débuts, en Corée, il s’est consacré à la peinture figurative, il se détourne rapidement de cette voie et décide d’aller à Paris : il se nourrit de tout ce qu’il voit dans les musées et rencontre ainsi les oeuvres des artistes qui ont fait l’histoire de l’art. Il aborde alors la peinture d’une façon différente et s’oriente vers une certaine abstraction s’apparentant à divers courants et mouvements.

Comme Han Mook l’a expliqué plusieurs fois, c’est l’arrivée de l’homme sur la lune, en 1969, qui provoque chez lui un déclic. Ainsi, après quelques questionnements intérieurs il se tourne vers le Cosmos et envisage la nécessité de chercher ce qui est caché et de le dévoiler par l’intermédiaire de ses œuvres, souvent de grand format. À partir de 1970, son but principal sera de situer l’homme dans l’univers grâce à des approches géométriques lui permettant de figurer les évolutions des astres et aussi celles de l’esprit. Il parvient ainsi à ordonner le chaos, principalement à l’aide de spirales, se servant de compas et favorisant la prise de conscience de ce que l’on pourrait appeler l’espace-temps. La personnalité de cet artiste hors du commun était très atypique : il ne se préoccupait que de son art, travaillant sans relâche et dédaignant les honneurs et les mondanités, même si malgré lui, quelque temps avant son départ, grâce à la volonté de quelques amis, il fut élevé au grade de commandeur dans l’ordre ministériel des Arts et des Lettres.

Ce qui est certain, c’est que Han Mook était un personnage d’une grande détermination, et aussi d’un humour qu’ont pu apprécier ceux qui l’ont fréquenté. Il savait avec certitude que ce qu’il faisait présentait un grand intérêt et, lorsqu’on avait le privilège de le voir travailler dans son atelier, on se rendait facilement compte que peindre était pour lui un combat de chaque instant.

Parti dans l’autre monde à l’âge de 103 ans, Han Mook reste l’image même du peintre insatiable et exigeant ne renonçant jamais devant la difficulté et qui, pour notre plus grand plaisir, n’a jamais cessé de nous surprendre. Le talent est à ce prix.

Nul doute que cette belle et attachante figure de l’art contemporain coréen manquera à tous ceux qui l’ont connu et à tous ceux qui pensent que l’art est avant tout transmission.



Cet article est extrait du numéro 93 de la revue "Culture Coréenne", publication du Centre Culturel Coréen. Pour découvrir ce numéro dans son intégralité, cliquez ici.

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