Fresques de Koguryŏ, Une invitation au voyage et à la redécouverte de l’Antiquité coréenne

Par Pierre-Emmanuel ROUX
Maître de conférences à l’Université Paris Cité

Fresques de Koguryŏ, Une invitation au voyage et à la redécouverte de l’Antiquité coréenne

Commençons par un quiz : quel est le principal obstacle à notre connaissance des sociétés antiques ? La réponse est complexe, mais faisons simple : c’est la rareté des sources écrites et la méconnaissance des langues anciennes. La péninsule coréenne n’y fait pas exception. Osons même enfoncer le clou un peu plus en ajoutant que la période antique est dans l’ensemble moins bien connue en Corée que chez ses voisins chinois et japonais. L’air du temps n’arrange pas les choses, puisque le marché du travail aiguille davantage les chercheurs vers l’étude des époques prémodernes, modernes et contemporaines. Sale temps pour le passé lointain.

Il faut donc se réjouir de voir Fresques de Koguryŏ : Splendeurs de l’art funéraire coréen (IVe-VIIe siècle) arriver dans les librairies. Initialement publié en coréen en 2007, cet ouvrage désormais disponible en français, dans une version augmentée, est le fruit de plusieurs dizaines d’années de travail de son auteur, Ahn Hwi-Joon. Ce grand nom de l’histoire de l’art péninsulaire et ancien professeur à la prestigieuse Université nationale de Séoul y examine sous tous les angles les plus anciennes peintures coréennes existantes, classées depuis 2004 au patrimoine mondial de l’Unesco et conservées dans des tombes situées en Chine, non loin du fleuve Yalu, et en Corée du Nord, dans la région de Pyongyang.

Ahn Hwi-Joon, Fresques de Koguryŏ, Splendeurs de l’art funéraire coréen (IVe-VIIe siècle), Paris, Maisonneuve & Larose Nouvelles Éditions / Hémisphères, 2021.

Traduit et augmenté par Nae-young Ryu et Andrea Paganini.

Agrémenté d’environ deux cents illustrations de haute qualité, l’ouvrage nous plonge dans la vie quotidienne et les mœurs d’une époque avec des parties de chasse, des scènes de danses, d’acrobaties et de lutte, ou encore des processions religieuses. Il décrypte également les modes vestimentaires et l’architecture, sans oublier la vision cosmologique et de l’au-delà où se croisent immortels taoïstes et bouddhas. Ce faisant, l’auteur montre à l’envi que le Goguryeo (ou Koguryŏ, 37 AEC-668) ne doit pas être réduit, comme on le fait souvent, à un puissant État dont les armées tenaient vaillamment tête à l’empire chinois. Bien au contraire, les peintures murales funéraires de cet ancien royaume nous éclairent sur le raffinement de la culture coréenne antique, fruit d’une intense circulation des hommes et des savoirs en Asie de l’Est. Elles sont, en d’autres termes, le témoignage de la créativité et des talents de ces artistes du Goguryeo dont le style, inspiré de Chine et d’Asie centrale, exerça lui-même une influence notoire sur les royaumes voisins du Baekje, Silla et Gaya, ainsi que sur le Japon.

Concluons en disant que ce livre très abordable constitue une véritable invitation au voyage et à la redécouverte de l’Antiquité coréenne. Un voyage dans le temps certes, mais également un voyage dans l’espace. Que les auteurs des Guide Michelin et Lonely Planet veuillent donc bien nous excuser à l’issue de cette recension. On préférera en effet visiter les tombes du Goguryeo avec l’ouvrage d’Ahn Hwi-Joon à la main pour s’émouvoir de leur art pictural. Reste cependant à attendre la dissipation du Covid et la réouverture des frontières. D’ici là, les plus impatients d’entre nous pourront se délecter à la (re)lecture de ce très intéressant Fresques de Koguryŏ.

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