Le rayonnement du Centre Culturel Coréen en France

Par Jean-Yves RUAUX
Journaliste

Le rayonnement du Centre Culturel Coréen en France

Relayant ou suscitant une multitude d’initiatives, mutualisant ses ressources matérielles et intellectuelles, facilitant échanges d’idées et rencontres fructueuses, le Centre culturel a transformé la France en un foyer permanent du rayonnement coréen. Avec une multitude d’ « ambassades » en régions. Explications.

Quel point commun existe-t-il entre le Centre Culturel Coréen de Paris et le Tour de France ? Aucun. Le Centre n’organise pas de compétitions cyclistes, ni le Tour de France de très pimentés festivals gastronomiques…

Du kimchi à la mairie du XVe arrondissement

Mais, leur rayonnement à tous deux s’inscrit sur la carte de France, jusqu’en Lorraine, en Bretagne, en Normandie, et au pied des Pyrénées avec des variantes de circuits selon les années.

Son 40e anniversaire a multiplié par cinq la surface du CCC, passé de 700 à 3756 m2. Toutefois, cette belle croissance n’a pas freiné l’ardeur de son équipe à agir hors les murs. Le Tour de France n’organise que des compétitions cyclistes mais le Centre culturel ne s’en tient pas au Festival du Kimchi (www.planete-coree.com) qu’il épaule chaque automne à la mairie du XVe arrondissement de Paris. Sa vitalité extravertie se lit en feuilletant ses programmes, trimestre après trimestre.

Quelle autre institution aurait réussi à ce que Anne-Lise Vreken, la responsable événementielle de Korea Nantes (www.facebook.com/koreanantes), devienne une fan de la star Lee Jong-Suk ? « Très mystérieux, il a ce quelque chose qui me fait fondre quand il pleure. J’ai passé des nuits complètes à regarder la série I hear your Voice. » Quelle association parviendrait à monter de passionnantes dramas parties qui durent toute une journée sans l’appui constant du Centre Culturel Coréen ? Les dramas parties de K54 (Nancy, www.facebook.com/k54), de Korea Nantes et Korea Breizh (Rennes, www.koreabreizh.fr) en sont toutes désormais à leur 5e ou 6e édition.

« Nous essayons d’apporter notre soutien à tout projet sérieux qui concerne la Corée de manière significative, qu’il s’agisse d’une aide ponctuelle correspondant à une thématique donnée ou d’une aide annuelle à des festivals qui deviennent des rendez-vous réguliers, à Paris ou en régions. » explique Georges Arsenijevic, conseiller au Centre et rédacteur en chef de Culture Coréenne.

Rouen vit à l’heure coréenne

John Hae-oung, le directeur et ministre-conseiller pour les Affaires culturelles de l’Ambassade, n’hésite jamais quant à lui à payer de sa personne. « Sa présence, sa participation (ou celle de l’ambassadeur de la République de Corée) est une caution pour nous lorsqu’il s’agit de demander des salles à la mairie ou des autorisations pour une déambulation dans la ville », confie Dominique Desaix, consul honoraire à Rouen et directeur du festival Korea Live (www.korea-live.com). L’ex-proviseur du lycée rouennais Camille Saint-Saëns avait créé des cours de coréen dans son lycée. Succès rapide et éphémère de la brillante initiative pédagogique évaporée avec sa retraite en 2016. Frilosité de l’Education nationale ?

Quoiqu’il en soit, en 2019 (2020-Covid est une année blanche) le festival, lui, envahit les places, les rues du centre-ville avec des défilés, des concerts, des aubades... Quatre jours durant, la Halle aux Toiles de Rouen vit à l’heure coréenne. Au mur, des centaines d’oeuvres d’artistes venus à l’instigation du peintre honfleurais Son Seung-hwan, également administrateur du festival. 2021 s’annonce déjà. « Mais, tout ceci serait impossible sans le sceau du Centre culturel et de l’Ambassade » ajoute Dominique Desaix.

La littérature coréenne sous une tente saharienne

En 2019 toujours, mais en août, frais arrivé du Seoul Art Center, John Hae-oung, le nouveau patron du Centre Culturel Coréen introduit en français la semaine coréenne du festival Lectures sous l’Arbre (www.
lectures-sous-larbre.com).

On est sous la tente caïdale (!) sur le plateau Vivarais-Lignon (Loire) à 700 mètres au-dessus de Saint-Etienne. L’imposant chapiteau saharien est l’emblème de cette rencontre littéraire insolite et recherchée. Chaleur sèche. Manquent les chameaux. Mais l’exotique amphithéâtre accueille un public attentif pour un portrait de la Corée tracé par des spécialistes de la littérature, de la société, du cinéma, de la langue coréenne. C’est le Centre qui a proposé leur contribution à Elsa Pallot. à 27 ans, Elsa est la co-directrice des éditions Cheyne et l’administratrice de Lectures sous l’arbre. « Nous voulions mettre la Corée à l’honneur. Le Centre culturel a su nous proposer des intervenants qualifiés et compétents. Il nous a aussi permis de proposer un fonds de littérature de plus de 200 titres pour notre librairie éphémère. »

Le soutien aux festivals

Depuis, le Covid et les élections municipales se sont alliés pour faire de 2020 une année festivalière délicate. 
« Notre aide peut concerner une manifestation particulière, mais aussi consister en un accompagnement sur le long terme de festivals pluridisciplinaires qui font rayonner la Corée à travers la France » détaille Georges Arsenijevic. Des mairies ont changé de mains. Il a donc fallu assurer les nouveaux élus de l’intérêt de la culture coréenne et de la forte implication du Centre dans l’action menée par les organisateurs de festivals en région. « Je forme le vœu que les liens entre la Corée et votre ville puissent se renforcer dans les années qui viennent. » écrit John Hae-oung à l’un d’eux. Il note aussi que « les festivals œuvrent au rapprochement franco-coréen » et que « le développement des échanges artistiques contribue à une meilleure compréhension mutuelle entre Français et Coréens. »

Spécialiste des cinémas coréen et asiatique, Bastian Meiresonne souligne en évoquant la Corée : « Son Centre culturel lui donne une vraie visibilité. Il établit un lien direct entre la Corée et l’Hexagone. Son expansion récente accompagne le succès de la K-Pop, des dramas dont la mode croît en France. C’est une marque du soft power coréen, une véritable action de fond que l’on ne peut réduire à de la propagande. Et cette action est soutenue par la revue Culture Coréenne qui donne de la Corée et de sa culture une vision dense, solide. »

Pour présenter le cinéma coréen en régions, le Centre Culturel Coréen met parfois à contribution le pétillant conférencier car il sait communiquer sa passion aux auditoires. Demande croissante. Pour mieux y répondre, le Centre soutient activement le Festival du Film Coréen à Paris (15e édition en 2020, www.publiciscinemas.com/festival-du-film-coreen-paris) qui draine maintenant chaque année dans la capitale plus de 30 000 spectateurs alors qu’il en réunissait moins de 5 000 lors de ses toutes premières éditions. Le CCC contribue aussi plus ponctuellement à d’autres festivals en province : Vesoul, Nantes, La Rochelle, etc.

K54 assure le catering coréen à Nancy

« C’est parce que j’étais un cinéphage que je me suis amouraché de la Corée », explique Alexandre Delon-Krawiec, l’électrique directeur des affaires générales de la mairie de Toul qui anime K54 à Nancy. « La découverte du film Memories of Murder a joué pour moi un rôle majeur. J’ai également participé au programme étudiant "Faim d’échanges" (CROUS Lorraine). Avec deux amis, nous avons accueilli trois Coréennes et six mois plus tard, nous étions à Busan. » Au menu de l’association, dramas parties, soirées K-Pop, cours, l’ensemble hébergé dans une MJC nancéienne (www.mjcpichon.com).

« Le Centre culturel nous apporte beaucoup par la mise à disposition de sa revue, de documentation sur la Corée et sa culture, de livres, mais aussi de cadeaux pour les tombolas de nos soirées. Ce qu’il offre également, avec les invitations aux vernissages ou aux expositions à Paris, c’est aussi la possibilité d’un contact avec les groupes d’autres régions s’intéressant à la Corée. Sans compter le financement de la salle pour les dramas parties. »

Mais K54 rayonne aussi au-delà de ses 60 adhérents, de son comité d’animation qui compte Laetitia, Anaïs, Joanna, Maxime. Avec le soutien effectif du CCC, leur groupe est devenu une référence régionale pour les institutions ou les entreprises souhaitant organiser un événement sur la Corée. « En 2019, nous avons assuré le catering coréen pour 100 personnes lors du festival du film de Nancy, pareil pour 120 personnes lors du festival de K-Pop. » Mentionnons encore les étudiants coréens que l’association prend sous son aile dans la préparation des examens en français. K54 peut encore fournir un DJ, coréen adopté, spécialiste des tendances coréennes lorsque l’association est sollicitée. Le succès a amené à dédoubler les cours pour débutants en coréen. Les garden parties coréennes refusent du monde. Celle de septembre a accueilli près d’une centaine de personnes au lieu des 50 prévues !

à Rennes, Jeongol pour tous !

Sans rechercher la compétition, les Bretons de Korea Breizh peuvent faire état du double et de la location de salles des fêtes rurales pour des repas festifs suivant le calendrier coréen ( Seollal, Chuseok...). Au menu : Jeongol, Jeongol de ravioli, Jabchae. Et pour les végétariens, Jeongol de Tofu. « On a compté 180 personnes pour notre dernier Seollal », précise Nathanaël Delahaye, le porte-parole de l’association. Ce designer a épousé une Coréenne adoptée avec laquelle il partage sa passion culturelle doublée d’une recherche de racines. Les Rennais ont mis en place cinq cours de langue et une initiation pour enfants le mercredi. Ajoutons les dramas parties, un très compétitif groupe de K-Pop, sans oublier les dîners saisonniers (Chuseok, Seollal...) accompagnés de jeux traditionnels.

Avec deux traiteurs coréens, les étudiants expatriés, les familles installées, les fans, Korea Breizh constitue un véritable pôle coréen en Bretagne. Son ancrage ? Les publications fournies par le CCC, le lien qu’il aide à établir pour la venue du Choeur national de Corée ou de Jean-Jacques Fuan pour évoquer le mouvement d’indépendance du 1er mars 1919.

Le Centre, couteau suisse de la culture !

Aide logistique, aide pratique, conceptuelle, relationnelle... Le consul rouennais Dominique Desaix, se loue de l’aide à l’organisation d’échanges de classes avec un lycée de garçons de Séoul. « Et nous, on a envoyé des filles ! », rit-il. Comment sans cet appui, l’artiste Son Seung-hwan aurait-il pu faire, dans le cadre du festival Korea Live, embarquer un orchestre traditionnel coréen sur un bateau normand ? Vision surréaliste. Le CCC ou le couteau suisse de la culture ? Presque ! Car c’est aussi le CCC qui délègue Mme Baik, présidente de l’association Saveurs et culture coréennes, pour un programme de cuisine au Printemps Coréen de Nantes (www.printempscoreen.com). Présidente, Mee Ra Baudez, une infirmière, coréenne adoptée. Elle est partie à Séoul apprendre sa langue maternelle avant de revenir pratiquer la médecine traditionnelle asiatique à Rezé, au sud de Nantes. Avec sa complice, la musicienne joueuse de geomungo E’ Joung-Ju, elles ont conçu et créé un festival pluridisciplinaire. Septième édition en 2019, huitième tenue malgré les circonstances ! Or, « tout a débuté comme une envie de faire découvrir la culture coréenne. Avec le concours du Centre, nous mettons en place un festival qui allie spectacle vivant et expositions. Il s’agit d’un vrai travail de collaboration car il permet de mutualiser les frais dans la venue des artistes et de donner une meilleure visibilité à leurs talents du fait du réseau des centres culturels. »

En dehors de Paris et de son Jardin de Séoul (situé dans l’enceinte du Jardin d’Acclimatation), Nantes est la seule ville française où la Corée est entrée dans le paysage. Elle y prospère sur un hectare au sein du Parc du Grand Blottereau (jardins.nantes.fr), avec son enclos, son pavillon, sa pièce d’eau et ses nénuphars, ses totems protecteurs. Pas étonnant donc que le Printemps Coréen mette artistes du Minhwa () et images populaires, à son programme. Pas étonnant non plus que les associations célébrant l’amitié avec la Corée y bourgeonnent. Leurs animateurs jouent un véritable rôle d’ambassadeur. Compétence et charisme réussissent à leur agréger des assistances et des publics de plus en plus nombreux.

à Montpellier, on attend aussi la création d’un jardin coréen ! Car depuis plus de cinq ans, Corée d’Ici (www.festivalcoreedici.com) a inscrit le pays dans une multitude de lieux du paysage culturel local. En novembre, un nombreux public suit ainsi ses spectacles de danse, ses concerts, ses expositions et performances, ses débats, ses séances de dégustation 
de spécialités coréennes...

Pragmatique, la chorégraphe-organisatrice Nam Young-ho, montpelliéraine depuis 25 ans, amoureuse du terroir du Languedoc jusqu’à en connaître les meilleurs coins à champignons, ne se défile pas devant les questions. La collaboration avec le CCC ? Une évidence. « Son aide la plus tangible porte sur le financement de la communication, le règlement de factures d’hôtels, du design et de la réalisation des documents du festival. » De fait, celui-ci dispose, pour sa visibilité, d’affiches et de kakemonos disséminés dans l’agglomération. Les événements y sont eux-mêmes répartis, irriguant les librairies, les institutions culturelles locales et jusqu’à l’Opéra. Mais le fait marquant de 2020 réside dans la production de six événements avec le CCC, en amont du festival. Conférences, concours de K-Pop, musique traditionnelle, tables rondes sont proposées en octobre. L’innovation renforce la marque. Ensuite en novembre, vient le festival avec ses danses, ses expositions…Lanternes et lampions s’allumeront, illustrant le désir de paix de la Corée avec une exposition sur l’Esplanade.

La Rochelle, une « ambassade » permanente

La Rochelle, comme Montpellier, vise à donner une image complète de la Corée et de ses arts, avec spectacles de musique traditionnelle, projections de films, initiation au chamanisme et à ses méthodes de conjuration des esprits. Bibliothèques et centres culturels locaux accueillent la découverte du costume coréen, des ateliers d’initiation à la danse ou à la calligraphie… Ailleurs, on parle cuisine et on met les doigts dans le plat pour confectionner un kimchi relevé façon Kwangju ou un Soongchae-mandu, ravioli enrobé de chou chinois en guise de pâte.

Après des études à Paris VIII, Hyunok Lee-Chirpaz s’est fixée à La Rochelle en épousant l’aventure des villages de loisirs. Elle est la cheville ouvrière du festival Ici en Corée, apporte son concours à Neoleumsae, l’association qui mobilise les synergies artistiques, et à l’institut Roi Sejong à l’université pour l’enseignement. Femme-orchestre comme les chamanes ou un peu chamane elle-même ? « Je n’y réfléchis pas mais j’agis avec un esprit d’ouverture. Plus on m’aide, plus je le fais efficacement. La coopération avec le CCC nous est vraiment précieuse et son soutien est important. » Grâce à son festival coréen (4e édition, www.festival-iciencoree.com) et à l’institut Roi Sejong, La Rochelle est ainsi, avec Quimper, la plus petite ville française où la Corée dispose d’une ambassade culturelle permanente et d’un réseau de diffusion de la culture coréenne.

Au Centre culturel, le soutien aux festivals et associations est la tâche de Hye-in Ryu, chargée des spectacles et des projets pluridisciplinaires, et de sa collègue Ji-young Woo. Les organisateurs espèrent toujours qu’elles leur dénichent le mouton à cinq pattes qui exaltera l’identité de leur institution ou de leur festival. à elles de rendre possible, l’impossible ; de réaliser l’infaisable comme d’expédier la grotte de Lascaux à Gwangmyeong (un fac similé) le temps d’une exposition. Mais si tout est concevable, tout n’est pas imaginable. « Le Festival du Chamanisme, à Genac (www.festival-chamanisme.com), m’avait demandé un jour de lui trouver cinq chamanes avec leurs percussionnistes », confie Hye-in qui se fait prestidigitatrice pour satisfaire certaines requêtes, pas toutes.

Chamane et cochon sur commande

Pourtant, la magie du CCC agit. « Pour le Festival d’Automne à Paris, la chamane Kim Kum-hwa avait besoin pour son gut (rituel) d’empaler un cochon sur un trident. Il a fallu trouver un traiteur coréen qui prépare l’animal mais aussi négocier sur les règles sanitaires. »

Que Hye-in se rassure, c’est seulement la lune qu’on lui demandera pour un prochain festival, un salon, une expo, et au conseiller technique, la traduction en breton, en une nuit (!), des mémoires de la reine Min. Avec l’assurance qu’ils tiendront le défi pour le plus grand rayonnement du Centre culturel.

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