Le Breaking coréen : Chronique d’un podium annoncé !

Par Shéyen Gamboa
Journaliste et commentatrice JO 2024 breaking pour Eurosport

Le Breaking coréen : Chronique d’un podium annoncé !

Le canadien d’origine coréenne Phil Wizard, à droite, affronte le coréen Hong 10 lors d’une battle au studio FXL à Séoul, le 20 octobre 2022. © SonStar / Red Bull Content Pool



Or, argent, ou bronze ? Le breaking, grande nouveauté de ces Jeux Olympiques de Paris 2024, captivera sans aucun doute le public du monde entier, les 9 et 10 août prochains. La Corée, qui brille sur la scène internationale depuis 2001, fait partie des nations les plus attendues sur le podium ! Flashback des trottoirs du Bronx aux plus grandes scènes du monde, en passant par les plateaux télévisés de Séoul.


Stade Roland Garros, samedi 21 octobre 2023.

La tension est à son comble pour cette finale internationale du Red Bull BC One, 20ème édition, la compétition ultime de breaking, anciennement appelé breakdance. Plus de 8 000 spectateurs se sont rendus sur le court central transformé, pour l’occasion, en arène survoltée. Au cœur de l’enceinte, le duel de deux breakers, gladiateurs de notre temps, sans armes ni violence, mais avec la même rage de vaincre.

Visualisez-vous la scène : à droite, le Coréen Kim Hong Yeol dit Hong 10 et à gauche le Canadien, d’origine coréenne, Phil Kim dit Phil Wizard. Ces deux « arthlètes » patientent devant les juges internationaux, en attendant leur sort. L’enjeu est de taille ! Qui de Hong 10, 39 ans, déjà double vainqueur de cette ultime compétition (2006 à Rio et 2013 à Séoul), ou de Phil Wizard, 27 ans, le breakeur le plus attendu de la compétition, arrachera la victoire à Paris et deviendra, aux yeux de tous, le meilleur breaker du monde, mais également un immense espoir de médaille olympique pour sa nation, à moins d’un an de Paris 2024 ? Au bout du suspense, la troisième victoire pour le Coréen ! Hong 10, le breaker le plus âgé a avoir remporté cette compétition, est en route pour les qualifications des JO 2024 à Paris, avec l’équipe coréenne.

Neguin, Hong 10, Menno, Junior, Taisuke et Wing posent pour un portrait lors du Red Bull BC One All Stars Tour à Séoul, en Corée du Sud, le 26 septembre 2017. © Little Shao / Red Bull Content Pool



Aux origines…

Les 9 et 10 août prochains, le breaking fera son entrée, pour la première fois aux Jeux Olympiques, place de la Concorde, en tant que « nouveau sport ». Une longue épopée depuis les trottoirs du Bronx, à New York, à la fin des années 1960. Dans une ville empreinte d’une grande criminalité et d’une pauvreté qui gangrène les quartiers nord, les communautés afro-américaine et latino mélangent leurs rythmes et leurs pas de danse à l’occasion de fêtes locales, se défiant en danse au milieu de cercles formés par des spectateurs en liesse.

Au milieu des années 1970, danse, musique, art graphique portés par cette jeunesse du Bronx se regroupent en une culture, qui pallie à l’ennui en « transformant l’énergie négative des quartiers en actions artistiques ». Celle-ci sera baptisée « hip-hop ». Au début des années 1980, alors que ce foisonnement culturel s’est éteint dans son berceau, quelques danseurs (autrement appelés « breakers » ou « BBoys » et « BGirls ») organisent des « shows de rue » à Manhattan. Ils ne tardent pas à se faire remarquer par le public curieux des fashionistas et des journalistes… Le breaking renaît de ses cendres et trouve de l’admiration dans les yeux d’un nouveau public… le grand, cette fois. Le cinéma - avec les pionniers du breaking, les Rock Steady Crew - mais aussi les défilés de mode, se saisissent du phénomène. La soirée d’intronisation du président Ronald Reagan, en 1985, ne manquera pas de mettre en lumière cette nouvelle culture prometteuse et inclusive qu’est le breaking, avec un groupe mythique, les New York City Breakers. Cette culture traverse pour la première fois l’Atlantique en novembre 1982, avec le New York City Rap Tour, direction Paris, porte vers l’Europe…


Le breaking et la culture hip-hop débarquent en Corée

Depuis la guerre de Corée, la présence des forces américaines sur le territoire sud-coréen traîne avec elles leur culture, tout particulièrement au cœur de Séoul, dans le district de Yongsan, où se situe leur quartier général. Les soldats américains investissent la zone d’Itaewon. « Les boîtes de nuit y sont réservées uniquement aux forces américaines dans un premier temps, souligne Amaury Mayaya, expert et créateur de contenus. Puis, à la suite de l’ouverture de ces night-clubs au peuple coréen et aux autres musiques, moins folkloriques, le hip-hop va pouvoir se diffuser… Le Moon Night-Club, fondé en 1989, revient souvent dans cette histoire. C’est là que les soldats afro-américains qui voulaient danser se retrouvaient. Ce club est alors fréquenté par de futures personnalités marquantes du Korean hip-hop ou encore de la K-pop ! Notamment le groupe Deux ». Histoire d’influences. Ça y est, la Corée s’est prise dans les filets du hip-hop. 1998, une bande dessinée populaire voit le jour : Hip Hop de Kim Soo-Yong, qui traite des aventures d’un groupe de breakers. Cette série inspirera de nombreux danseurs coréens et européens.

Les cassettes VHS importées de battles venues des États-Unis et d’Europe permettent aux jeunes danseurs de découvrir les nouveautés. Les battles made in Corée se multiplient et gagnent le pays. Amaury Mayaya précise « La légende raconte que le premier battle de Hong 10 a été diffusé, en direct à la TV. Celui-ci était organisé pour la nouvelle année lunaire en 2001, sur la chaîne SBS. » L’engouement des médias et du gouvernement pour ces jeunes breakers est alors croissant.

Le service militaire appelle les jeunes Coréens assez tôt. C’est donc avec urgence que les danseurs vivent leur break. Réussir les mouvements les plus impressionnants et les faire évoluer rapidement devient primordial pour des breakers comme Hong 10, Virus, The End, les frères Skim et Wing, Pocket… Leur breaking s’écrit avec de grandes phases athlétiques qui seront la signature du style coréen, puissant et particulièrement aiguisé.

Le Battle of The Year (BOTY) à Braunschweig, en Allemagne, accueille les premiers BBoys coréens en 2001. Visual Shock, crew historique né en 1996 à Séoul, y reçoit le prix du meilleur show. Depuis cet événement, les Coréens ne quitteront plus la scène breaking mondiale et son podium. En 2002, c’est au UK BBoy Championship à Londres qu’ils vont s’illustrer en remportant la finale, face à un crew (équipe) français légendaire, les Vagabonds. La team coréenne Expression arrachera son premier titre au BOTY.

En 2007, au moment où la Corée développe son « soft power » pour l’attractivité du pays à l’international avec le slogan « Korea Sparkling » (« Corée pétillante »), le gouvernement nomme l’un des meilleurs crews coréens de breaking Gamblerz (aujourd’hui Flow XL) « Ambassadeurs de l’organisation coréenne pour le tourisme ». Tout un symbole. C’est désormais l’Europe et les États-Unis qui regardent le break coréen avec inspiration. De grands événements nationaux de breaking tels que le R16 à Séoul deviennent des passages incontournables pour tout breaker qui souhaite asseoir sa réputation internationale. Sur le sol coréen, les grands événements comme le Battle Pro organisent désormais des qualifications. Le breaking coréen a définitivement marqué l’histoire de la discipline, que font briller particulièrement deux grandes figures présentées ci-après…

Phil Wizard, à droite, affronte Hong 10 lors de la finale mondiale Red Bull BC One au Court Philippe- Chatrier du stade Roland Garros à Paris le 21 octobre 2023. © Martha Cooper / Red Bull Content Pool



Hong 10 : à 40 ans, il est l’un des meilleurs breakers du monde !

Membre des crews 7Commandoz, Flow XL et Red Bull BC One All Stars, Hong 10 est l’un des meilleurs breakers au monde, mais aussi l’un des plus humbles. Il a gagné sa réputation grâce à ses performances incroyablement originales et sa capacité à innover constamment.

Kim Hong Yeol est né en 1984 à Séoul. Il commence à danser en 1998, à l’âge de 14 ans, lorsqu’un ami lui montre quelque pas de breaking. Kim Hong Yeol décide qu’il pourra le surpasser en peu de temps. Chose faite en moins d’une semaine ! Ses instructeurs lui inculquent l’originalité. Hong 10 a depuis créé bon nombre de mouvements emblématiques. Rares sont les breakers dont un mouvement porte leur nom. C’est le cas de Hong 10, avec les célèbres « Hong 10 Freezes ». Ce Coréen a acquis un statut légendaire au fil des années. Il remporte son premier titre Red Bull BC One en 2006 à São Paulo, au Brésil, et sa deuxième ceinture en 2013, à domicile, à l’occasion de la 10ème édition du Red Bull BC One, qui s’est jouée à Séoul. La même année, il prend la 2ème place aux Jeux asiatiques de Hangzhou, en Chine.

Parmi ses autres victoires, on compte notamment celles au UK BBoy Championship du Royaume-Uni à Londres, au Freestyle Session de Los Angeles et au Silverback Open à Philadelphie. En 2020, il relève un défi de taille : 32 rounds à Taiwan contre l’un des meilleurs bboys du pays, Harricane. Dans une incroyable démonstration d’endurance, il n’a pas perdu un seul round ! En 2021, il relève le défi d’affronter 10 breakers d’affilée, enchaînant des rounds consécutifs, sans interruption, à Las Vegas. Le résultat est sans appel : il remporte le battle. Après trois blessures, il arrache son troisième titre au Red Bull BC One à Paris, en 2023. Hong 10 prépare actuellement les qualifications afin de participer, à l’âge de 40 ans, aux Jeux Olympiques de Paris 2024. Hong 10 est sans aucun doute une icône du break !

Le b-boy Hong 10 se produit au Red Bull BC One Cypher à Séoul, le 30 mars 2024. © SonStar / Red Bull Content Pool



BBOY WING

L’un des breakers les plus légers de la planète !

Le coréen Wing est célèbre pour la légèreté de ses mouvements pourtant très puissants. Né en Corée du Sud, Kim Heon Woo, alias BBoy Wing, est membre des équipes Jinjo, 7Commandoz et Red Bull BC One All Stars. L’un des BBoys sud-coréens les plus accomplis sur la scène internationale, Wing a commencé à percer en 1999, alors qu’il n’avait que 11 ans. Son frère, BBoy Skim a eu une grande influence sur lui. Doté d’une fluidité sans pareille, Wing s’efforce d’être artistiquement créatif lorsqu’il crée ses combinaisons, ayant travaillé dur pendant des années pour développer un break d’une précision parfaite.

BBoy Wing est connu dans le monde entier pour ses mouvements aériens et circulaires, voire sphériques. Il a une capacité incomparable à exécuter le mouvement nommé « 2000 » à une vitesse incroyable, et à cumuler un grand nombre de rotations. Son nom, ce BBoy de haut vol l’a choisi justement pour son goût prononcé pour les mouvements aériens. Wing a un palmarès international à faire pâlir d’envie : Red Bull BC One 2008 à Paris, finale mondiale du BOTY à Montpellier, Championnats britanniques de 2012 à Londres, Silverback Championship à Philadelphie en 2017, sans oublier les Freestyle Sessions 2011, 2015 et 2018 à Los Angeles !

Wing a également des années d’expérience en tant qu’artiste professionnel, ayant créé et joué des spectacles dans le monde entier. Il continue de se fixer de nouveaux objectifs toujours plus élevés !

BBoy Wing pose pour un portrait lors du Red Bull BC One Cypher Korea à l’Adidas Originals Flagship Store à Séoul, le 26 mai 2018. © Little Shao / Red Bull Content Pool



CONCLUSION

Rendez-vous, donc, Place de la Concorde à Paris les 9 et 10 août prochains, pour voir s’affronter les meilleurs BBoys et BGirls de la planète, dont les Coréens feront sans aucun doute partie. Prochaines grandes échéances post JO : les Jeux Mondiaux en Chine en 2025 et les Jeux Olympiques de la Jeunesse à Dakar au Sénégal, l’année suivante. Le breaking, un sport artistique, mais aussi une danse sportive, qui poursuit sa conquête du monde.

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