La cuisine bleu-blanc-rouge à Séoul

Par Adrien LEE
Présentateur télé et radio

La cuisine bleu-blanc-rouge à Séoul

Vous avez certainement déjà entendu parler de la “Hallyu”,
cette vague culturelle coréenne qui se répand à travers le monde, poussée par la K-pop et les dramas. Eh bien, la cuisine coréenne, elle aussi, s’exporte de plus en plus et de mieux en mieux au-delà des frontières de la péninsule et notamment en France. Si vous avez une envie soudaine de kimchi, il n’est pas difficile aujourd’hui de trouver un restaurant coréen à Paris. Mais, qu’en est-il de la cuisine française en Corée ? À quel point celle-ci est-elle connue et s’est-elle répandue à Séoul ?

La France a toujours eu une très bonne image auprès des Coréens. Les premiers qualificatifs qui leur viennent à l’esprit sont : romantique, élégant, artistique… Quant à la cuisine française, elle est, à leurs yeux, raffinée mais difficile à faire et trop chère. Cependant, si l’on se fie à l’évolution du nombre de restaurants français à Séoul, ces inconvénients n’ont pas empêché l’émergence d’un engouement pour la gastronomie française. En effet, alors que dans les années 1990, les établissements français se comptaient sur les doigts de la main, il en existe aujourd’hui plus d’une cinquantaine rien que dans la capitale. Bien-sûr, ce chiffre reste toujours très faible comparé au nombre de restaurants italiens ou américains, mais il signale un changement de tendance. La Corée s’ouvre rapidement sur l’extérieur et les Sud-Coréens souhaitent désormais se démarquer de l’influence américaine omniprésente. De manière générale, ils sont de plus en plus nombreux à voyager, étudier et vivre à l’étranger. Et de ce fait, la société coréenne est plus à même d’accepter d’autres cultures et les Coréens plus désireux de découvrir de nouvelles saveurs.

De par la soif des Séoulites pour tout ce qui est nouveau, la capitale sud-coréenne est en constante ébullition et le domaine de la restauration ne fait pas exception, au contraire. Les tendances tournent et de nouveaux restaurants sortent de terre un peu partout dans la ville.

Je vous propose un petit tour de la mégapole sud-coréenne pour avoir une idée plus concrète du choix qui s’offre aux visiteurs et aux habitants de Séoul en matière de cuisine française.

Commençons, géographiquement en plein centre de la capitale, par le quartier d’Itaewon réputé pour son côté international. Ces dernières années, celui-ci a connu un développement explosif faisant de lui un des endroits les plus tendance de la ville, non seulement auprès des étrangers, mais également des Coréens en quête de diversités culturelles. Ce quartier, qui mélange boutiques, cafés, lounges et restaurants, offre un large éventail de cuisines du monde.

Pour ceux qui souhaitent poser un instant leurs baguettes en métal et passer à la fourchette, l’adresse la plus connue, sur Itaewon, est Un Deux Trois, un restaurant typiquement français rappelant les brasseries parisiennes. Ce lieu est facile à trouver car situé sur la rue principale. Sa soupe à l’oignon gratinée a beaucoup de succès, en particulier l’hiver quand les températures tombent en dessous de zéro, ce qui est fréquent.

Si vous cherchez un endroit plus “cozy”, je vous conseille La Planque, un peu en retrait de l’avenue principale, à quelques minutes à pied de la station de métro Itaewon. Vous y trouverez des recettes bien françaises telles que le boeuf bourguignon ou encore les rillettes.

Ne cherchez plus Le Saint-Ex, dans la ruelle derrière le Hamilton Hotel, car ce bistrot qui avait ouvert en 2000 n’existe malheureusement plus.

Quittons Itaewon et traversons maintenant le fleuve Han pour arriver dans le fameux quartier de Gangnam, l’équivalent de la rive gauche pour les Parisiens. Avec tous ses grands magasins et ses hôtels de luxe, cette partie de la capitale est plus “high class“. Elle attire une clientèle plus aisée et l’on y trouve de très bons restaurants français offrant à la fois qualité et authenticité. Je ne vais pas, ici, vous faire une liste exhaustive des restaurants français de Gangnam ; je me contenterai de vous donner deux adresses de lieux que je fréquente de temps à autre.

Plutôt “fancy” mais tout de même “relax”, La Catégorie à Cheongdamdong, avec son décor en marbre et ses très hauts plafonds, offre un cadre sympathique pour se poser et discuter autour de bons plats pas trop coûteux. Il ne s’agit pas là de gastronomie française mais plutôt de cuisine simple. On peut se faire servir assiette de charcuterie, croque-monsieur, salade niçoise… Pour les amateurs de desserts, les Un Deux Trois, une ambiance de brasserie parisienne assurée à Itaewon, au coeur de Séoul. La cuisine bleu-blanc-rouge à Séoul pâtisseries maison ne manqueront pas de satisfaire leurs envies.

Si vous êtes connaisseur et recherchez une cuisine plus raffinée, Le Comptoir répondra sans aucun doute à vos attentes. Dans cet établissement agréable et joliment décoré, vous retrouverez, en effet, des saveurs que l’on n’a pas ailleurs. Contrairement á certains cuisiniers qui optent pour des plats “fusion” afin de se rapprocher des goûts des Coréens, tous les plats proposés ici sont 100% français. Le chef vous accueille lui-même chez lui, et les mets et vins qu’il recommande sont excellents. Ayant fait ses études culinaires en France et travaillé pendant plus de dix ans à Lyon et dans le sud du pays, ce patron coréen est soucieux de transmettre à ses compatriotes l’art de vivre à la française. Il a fait de son restaurant une plateforme d’échanges culturels. Il doit son succès à deux mots-clés : tradition et qualité.


Toujours là pour vous, Seomun Young Uk, chef coréen du restaurant Le Comptoir,
passionné de cuisine française.

Plus à l’ouest de la capitale, cette fois-ci, un autre quartier très vivant vous attend. Il s’agit de Hongdae, un coin de Séoul très en vogue situé près de l’université Hongik. Plein de vie de jour comme de nuit, vous y trouverez une foule de petits magasins innovateurs, de “trendy“ coffee shops, de boîtes de nuits “underground“, et bien sûr d’endroits où manger “divers et variés”.

Les Français qui travaillent dans la restauration sont de plus en plus nombreux à tenter leur chance au Pays du matin calme. Un nouveau restaurant tenu par un Français et sa femme coréenne a ouvert ses portes en avril 2016 à Hongdae. L’ambiance y est très conviviale et “franchouillarde”. La décoration du lieu vous transporte directement en France, grâce à ses tables en noyer et à sa grande cheminée en marbre venue tout droit des Alpes. Le chef, Grégory, installé à Séoul depuis plus de dix ans, est un passionné de cuisine française. Il accueille chaleureusement toute personne poussant la porte de L’Empreinte et prend un immense plaisir à faire découvrir aux Coréens nos plats du terroir. Bref, si la France vous manque, c’est une très bonne adresse et vous ne vous ruinerez pas.

L’Empreinte à Hongdae, tables en noyer pour plats du terroir.

Toujours dans le quartier populaire de Hongdae, récemment, Arnaud Laudrin, un Breton devenu star des media coréens en vendant des crêpes sur un marché, a également ouvert son propre restaurant, le Yec’hed Mat. On y mange, à la bonne franquette, d’appétissantes galettes bretonnes mais, attention, le service se fait aussi à la française, il faut donc savoir attendre pour être servi.

Impossible de ne pas mentionner, ne serait-ce qu’en quelques mots, le quartier le plus français de Séoul, Seorae Maeul, à Bangbaedong. La grande majorité des résidents français à Séoul habite dans ce quartier, autour du Lycée Français. Au fil des années, boulangeries, bars à vins et restaurants français s’y sont multipliés.

Malgré son nom anglophone, July est un petit restaurant français que j’apprécie beaucoup. Ouvert midi et soir, les deux menus “full course“ au choix sont concoctés par le “Owner-Chef” lui-même à partir de produits sélectionnés. À commencer par les amuse-bouches, tous les plats servis sont préparés avec grand soin et très joliment présentés. J’ai personnellement une petite préférence pour les côtelettes d’agneau de July, mais son canard confit ne vous décevra pas non plus. Les prix sont tout à fait corrects pour de la haute cuisine française en Corée et le service est irréprochable. C’est l’endroit idéal pour un déjeuner d’affaires ou un dîner romantique entre amoureux.

Délicieux raffinement au July dans le quartier français de la capitale.

Pour finir, comme vous pouvez le supposer, tous les grands hôtels de la capitale possèdent leur propre restaurant français de haut standing. Le plus connu d’entre eux reste — mais pour combien de temps encore ? — le restaurant Pierre Gagnaire au 35e étage du Lotte Hotel au nord du fleuve Han, près de Myeong-dong, avec sa vue sur les toits de la ville et, en arrière plan, les montagnes Bukhan-san et Inwang-san.

Avec la popularité grandissante des “Stars-Chefs” sur les chaînes de télé coréennes et le nombre grandissant de jeunes entrepreneurs coréens formés en France, l’offre se multiplie et se diversifie. Du petit bistrot très accessible au restaurant étoilé au sommet d’un hôtel de luxe, tout est là pour faire danser vos papilles, même celles des plus gourmands, car avec l’arrivée récente en Corée du Sud de grands noms tels que Le Nôtre, Fauchon, Ladurée, Gontran Cherrier, Paul et de petits artisans non moins compétents, les pâtisseries et boulangeries sont aussi en pleine expansion, offrant des produits authentiques et de grande qualité qui se démarquent nettement des chaînes locales et populaires comme Paris Baguette ou Tous Les Jours.

Traditionnel ou fusion, populaire ou gastronomique, notre savoir-faire culinaire français se conjugue à “toutes les sauces” et fait la joie des amateurs de cuisine tricolore. La France a trouvé sa place dans la péninsule. Bon appétit !

* La chambre de commerce franco-coréenne (FKCCI. com) a publié en 2011 un guide des restaurants français en Corée. La quatrième édition de cet ouvrage présente plus de 60 restaurants se trouvant dans la péninsule et une dizaine de boulangeries-pâtisseries françaises situées à Séoul.



Cet article est extrait du numéro 94 de la revue "Culture Coréenne", publication du Centre Culturel Coréen. Pour découvrir ce numéro dans son intégralité, cliquez ici.

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