L’art numérique coréen : première grande présentation en France au Centre des Arts d’Enghien-les-Bains
Par Dominique ROLAND
Directeur du Centre des Arts d’Enghien-les-Bains, directeur du Festival International des Arts Numériques, coordinateur du RAN (Réseau des Arts Numériques).


Dominique Roland.
Comment un professionnel de l’art pourrait-il ignorer l’ascension progressive de la Corée du Sud sur la scène internationale, depuis ces dernières décennies, et ne pas être tenté un jour de voyager vers Séoul ?
Il y a dans ce pays, et dans sa culture une énergie féconde, dont certains fruits nées de l’hybridation entre les arts, les sciences et les technologies, sont en passe de devenir demain, nos “ kimchi “ favoris.
Aucune exploration n’échappe, dans ce domaine, à l’appétit créatif des auteurs coréens, comme en témoignent les oeuvres foisonnantes issues des arts visuels, des installations interactives. Certains d’entre eux, aidés de leur palette digitale, revisitent les friches architecturales issues du monde du travail, du “ring politique et médiatique “. Mais rassurons nous, la nature réapparaît dans ces paysages, traversant même un béton de certitudes, pour faire émerger les pouces d’un fleur en 3D, c’est à dire en trois lettres, celles d’un développement digital et durable.
On pressent bien à Séoul, que la probable rencontre entre les arts et les technologies se joue sur la mise en scène de la société du futur, à travers l’exploration de nouveaux usages. Les industries coréennes, véritables leaders mondiaux dans les domaines des télé-communications, à l’exemple de ESKE, et de l’image pour SAMSUNG ou LG, ont bien compris. Car nous savons, désormais, qu’une avance technologique, la meilleure soit elle aujourd’hui, jouera une partie de son avenir, sur les contenus numériques. Les artistes associés à la recherche et au développement, peuvent ainsi devenir les marqueurs de ce changement de civilisation. Les universités de Corée sont très bien placées dans ce challenge international, en se situant comme de véritables pépinières d’excellence. Elles le seront d’autant mieux, que l’on sait que les enjeux du numérique s’exerceront bientôt, notamment dans les champs de la réalité virtuelle et augmentée.
Mais le lien entre le numérique et la création est loin de s’arrêter, en Corée, aux arts visuels. Il se poursuit dans le domaine du spectacle vivant. Le Performing Art of Seoul, est devenu, comme on le sait, l’incontournable rendez-vous international de la scène pour l’Asie. La programmation y est rigoureuse, avec des découvertes, et l’on sent y poindre, comme « la digitale émergence ». Le monde chorégraphique contemporain a su, dans ce médium, fixer son centre de gravité autour de la matière corporelle, et bien au-delà, par ses prolongements visuels, sensoriels, tactiles, et sonores. Comprenons nous, il s’agit ici de l’utilisation de la technologie, au service de la captation sensible et poétique de l’art du mouvement. On pourrait ainsi compléter cette manière d’être si particulière de la danse coréenne, à travers son lexique composé de postures empruntées à la rue, et d’un travail basé sur la respiration. On peut ainsi découvrir, chez de nouveaux talents, le curieux mixage d’esthétiques occidentales et des arts traditionnels et, pour d’autres, d’une recherche issue du chamanisme.


Le Centre des Arts d’Enghien-les-Bains, l’un des hauts lieux de l’art numérique, présentera au sein de son célèbre festival « Bains numériques » (5e édition : du 11 au 19 juin 2010) une programmation coréenne de grande envergure, qui constituera une première en France.
C’est pour toutes ces raisons, sans oublier celles concernant nos projets à venir, que le Centre des Arts d’Enghien-les-Bains accueille, pour la première fois en France, en 2010, une exposition d’art numérique du NABI CENTER de Séoul (membre du RAN, le réseau des arts numériques ). L’ institution présentera, entre avril et juin 2010, des oeuvres visuelles, et sonores, vidéos, interactives pour la plupart, et avant tout représentatives de la création en Corée.
Cette première étape préfigurera l’ouverture, en juin, du 5e Festival International des Arts Numériques (Bains Numériques), avec la sortie d’une publication spécifique en français, et en coréen, cela va de soi. En effet, cet évènement dont la programmation se constitue d’un forum professionnel de trois compétitions réunissant 22 pays (danse technologies, arts visuels, et contenus de la mobilité), se déroulera également dans l’espace urbain, avec des concerts de musique électronique, installations, performances, ciné concerts, et plus particulièrement avec un focus sur la Corée .
Le festival inaugure le 12 juin prochain un événement inédit, de télé présence réunissant autour d’une scénographie, par écran interposé, un banquet interactif entre Séoul et Enghien-les-Bains. Sur un fond panoramique, nous visualiserons depuis la France le fleuve Han, et depuis Séoul, le lac d’Enghien les Bains. Puis, deux chefs cuisiniers, un coréen et un français, et leurs équipes, se réuniront dans un face-à-face culinaire, pour réaliser devant un auditoire
intercontinental, une performance culinaire à partir de mêmes produits de la mer. Un service accompagnera, en temps réel, les mets sur chaque lieu fusionnant en un même espace “augmenté” de rencontre, entre Paris et Séoul. Les convives coréens et français eux aussi réunis dans un face-à-face, ne seront séparés alors que par la surface sensible d’un écran. Le festin s’enrichira d’un concert live en France du groupe coréen BEE BEING, et à Séoul, de manière synchronisée, d’un rite chamanique. Enfin deux solos dansés se superposeront à la scène, en s’inspirant du répertoire de gestes des cuisiniers proposé à chacun des danseurs.
Mais ce calendrier de coopération, certes ambitieux, ne se conclura pas avec cette nouvelle année, puisque le Festival International des Arts Numériques aura lieu en Corée en 2011, et Séoul deviendra alors la capitale mondiale de la création, et de l’innovation numérique.
Cet article est extrait du numéro 79 de la revue "Culture Coréenne", publication du Centre Culturel Coréen. Pour découvrir ce numéro dans son intégralité, cliquez ici.



