Festival Regards sur la Corée 2013
Par Nathalie SALHI
Journaliste, CoréeMagazine.com

En octobre, la rentrée des classes de l’Université Paris- Dauphine était aussi synonyme de retour des festivités avec « Regards sur la Corée », festival organisé avec le Centre Culturel Coréen et plusieurs associations coréennes. Ainsi, l’Université accueillait du 7 au 11 octobre de nombreuses animations autour des incontournables de la culture coréenne. Cinq jours, cinq thématiques : artisanat d’art, musique et cinéma, littérature, danse et gastronomie.
LA CORÉE, UN PAYS D’ART ET D’ARTISANAT
La Corée, forte de son patrimoine culturel, excelle dans le domaine de l’artisanat d’art. Le festival fut donc inauguré avec le vernissage de l’exposition de Lee Hyo-Jae, « Le Bojagi, un re et de l’amour de la nature », en présence de S.E.M. Lee Hye-min, ambassadeur de Corée en France et M. Laurent Batsch, président de l’Université Paris-Dauphine. Fleurons de l’esthétique traditionnelle coréenne, les bojagi sont des carrés de tissus confectionnés avec des chutes d’étoffes. Les tissus sont revisités et leur usage parfaitement adapté au quotidien moderne. Emballer des cadeaux, mais aussi divers objets du quotidien et les transformer en objet d’art : voici le don de Lee Hyo-Jae.
Après une inauguration marquée par un spectacle de musique traditionnelle, le public put découvrir les œuvres créées pour l’occasion autour de la problématique des emballages en papier, témoignant ainsi de son attachement à la préservation de la nature. 60 manières d’emballer des objets de toutes formes, mises en scène dans une superbe exposition. 60 et plus ! Car l’artiste réalisa de nombreux objets sous les yeux émerveillés du public qui l’entourait : sacs, chemisiers et chapeaux furent créés, mais aussi emballages pour offrir du vin lors d’un dîner. De quoi faire de la vie de tous les jours une expérience inoubliable.

Exposition de bojagi de Lee Hyo-jae (vue partielle).

L’artiste expliquant son travail à M. Arnaud Raynouard, vice-président de l’Université Paris-Dauphine, lors du vernissage du 7 octobre.
MUSIQUE ET CINÉMA, AU CŒUR DE LA CULTURE CORÉENNE
Réunir ces deux thématiques dans une même journée est d’autant plus représentatif que la culture coréenne possède de multiples facettes et sait s’adapter sans perdre, ni de sa valeur, ni de son essence. Ainsi, cette seconde journée accueillit une conférence dédiée au cinéma coréen, présentée par l’équipe du Festival du Film Coréen à Paris.
Rappelons-le, la France est un pays de culture qui a développé très tôt un fort attrait pour le cinéma, et notamment asiatique. Plusieurs évènements marquants ont ainsi renforcé les liens cinématographiques entre la France et la Corée : rétrospective du cinéma coréen au Centre Georges-Pompidou en 1993, conférences et projections à la Cinémathèque Française en 2005 et 2010, Festival de Deauville ou encore Festival de Vesoul ont fait le bonheur des cinéphiles français et coréens. Un attrait croissant chez les connaisseurs, mais plus timide du côté du public dont les références restent limitées aux succès internationaux. Qui ne connaît Kim Ki-Duk, réalisateur du célèbre « Locataires » ? Et qui ne connaît le film « OldBoy » de Park Chan-wook ? Comme beaucoup d’autres, ces films importants dans l’évolution du cinéma coréen ont d’ailleurs fortement participé à sa reconnaissance dans le monde. Le public applaudit la maîtrise de la mise en scène, de la technique et la qualité des scénarios d’un cinéma de grande qualité et différent de l’imposant Hollywood.
Mais quels aspects du cinéma coréen plaisent au public français ? Selon nos conférenciers, la dimension provoquante autour d’une violence souvent apaisée par des scènes comiques, si spécifiques au cinéma coréen. Avec l’arrivée du hallyu, les comédies et mélodrames populaires sud-coréens ont également
pris une place grandissante sur la scène internationale. Pourtant, le cinéma coréen n’a pas encore dévoilé toute sa diversité. Avec seulement 10% du marché international dédié au cinéma asiatique, le cinéma coréen s’adapte, laissant dans l’ombre de nombreux succès nationaux.
Après un partage cinématographique franco-coréen, vint le temps du partage musical. Les magies du jazz et de la musique traditionnelle coréenne, réunies lors d’un concert unique et hors du temps, habilement proposé par le pianiste Laurent Guanzini et le groupe « The Sinawi », composé de cinq maîtres solistes de la musique traditionnelle coréenne.
D’abord curieux, le public put se délecter des variations sonores que s’échangeaient les deux styles dans un concert en quatre temps. Tout d’abord, un mélange frénétique de piano et de janggu, tambour coréen en forme de sablier. Puis, le public se vit jouer une composition originale associant piano, janggu et daegeum, flûte traversière traditionnelle coréenne. La troisième partie fut probablement la plus surprenante de toutes, associant le piano au Sanjo d’ajaeng, cithare à archet. Contrairement au geomungo (cithare à six cordes) et au gayageum (cithare à douze cordes), l’ajaeng se prête souvent à des cadences soutenues et improvisées. Aussi, tandis que la janggu dynamisait le rythme du piano, c’est cette fois le piano qui adoucit l’ajaeng, structurant sa frénétique harmonie. Enfin, pour parfaire la belle évolution du spectacle, piano, gayageum et geomungo se retrouvèrent sur scène, alternant consciencieusement rythmes jazz et rythmes traditionnels.

Petit concert donné pendant le vernissage. Après la flûtiste Song Ji-youn au daegeum, Hwang Da-hye a fait découvrir au public le gayageum sanjo.

Surprenant dialogue entre le piano et l’ajaeng lors du concert du 8 octobre, associant Laurent Guanzini et les musiciens traditionnels du groupe The Sinawi.

Rencontre avec le célèbre écrivain Hwang Sok-yong ( le 9 ctobre), qui a fait salle comble et beaucoup intéressé les amateurs de littérature.
LANGUE ET LITTÉRATURE : L’EXPRESSION CORÉENNE
Ambiance studieuse pour cette troisième journée, très attendue par les étudiants et férus de littérature. En effet, HWANG Sok-Yong, auteur incontournable de la littérature coréenne, annonçait la sortie de son dernier roman « Princesse Bari », traduit en France. Très ancrée dans l’histoire contemporaine de la Corée, l’œuvre de l’auteur est estimée et récompensée dans le monde entier. Son dernier roman, basé sur le thème de la migration et de l’harmonie, conte l’histoire d’une jeune fille fuyant la Corée du Nord à la fin des années 1990. Princesse Bari, princesse abandonnée, puise aux sources d’une légende ancienne du chamanisme coréen. La princesse tente de trouver l’eau de vie qui permettra aux âmes des morts de connaître enfin l’apaisement. En basant l’histoire moderne de la Corée sur fond de légendes populaires, l’auteur se permet une critique forte de la réalité contemporaine, magnifié par une puissante poésie. Pour un avant-goût de cette histoire, l’auteur lut quelques extraits tels que celui-ci : « J’entendais des chuchotements. De vagues ombres se mouvaient tels de grands draps ténébreux à peine discernables dans l’obscurité d’une nuit sans lune. Surgissant tout près de moi, l’une d’elles m’a demandé d’une voix sonore : « Où vas-tu ? ». Je n’avais pas peur. »
La conférence fut suivie de l’annuel concours d’expression orale pour les étudiants des cours de coréen du Centre culturel ; concours amical, réparti par niveaux sur le thème « La Corée et moi ». Le niveau de ces étudiants est d’ailleurs remarquable, et sa progression de plus en plus forte d’année en année. Remise des prix par le jury, et bien sûr photos officielles étaient de mise pour marquer l’évènement.

Les formidables danseurs-acrobates du groupe Morning of Owl ont enthousiasmé le public lors de leur spectacle du 10 octobre.
B-BOYS : LA MODERNITÉ PAR LA DANSE
Autre moyen d’expression pour une Corée culturellement forte, la danse et notamment le breakdance qui porte le pays vers toujours plus de reconnaissance à l’international. Le groupe Morning of Owl, que de nombreux Français ont pu découvrir à la télévision et lors de compétitions internationales, offrit lors du festival un spectacle d’une incroyable qualité.
Formé en 2002, le groupe sud-coréen fait aujourd’hui partie des meilleurs breakdancers en Corée et dans le monde. A juste titre, car le groupe excelle par une technicité exemplaire dans toutes ses acrobaties et figures au sol, impressionnantes. Excellence également au niveau créativité puisque ses spectacles intègrent tout autant de danse classique que de danse contemporaine. Et dans ce b-boying où l’expression est exacerbée, le groupe ne ménage pas ses messages ; frénésie de la ville et respect de la nature se mélangent ainsi sur une même scène. La culture coréenne prend aussi sa place grâce au groupe avec de fortes références aux traditions ancestrales que sont les arts martiaux et, plus étonnamment, les habits traditionnels. En effet, les danseurs arborent pendant un temps des dessous de hanbok, costume traditionnel coréen. Une belle opportunité pour la culture coréenne de clamer sa modernité.

Le 11 octobre, les étudiants étaient venus nombreux goûter au bibimbap.

Mélange du bibimbap géant préparé par Mme Kim Nyun-im (3e à partir de la gauche).
BIBIMBAP GÉANT : DU BONHEUR POUR LES GOURMANDS
Dernier jour de festival mais non des moindres, surtout pour les gourmands et amoureux de gastronomie coréenne ! Sur fond de musique traditionnelle, jouée par la troupe Olsou, les étudiants purent goûter à un Bibimbap géant. Plat très populaire en Corée, et bien connu des adeptes de culture coréenne, le Bibimbap est un plat mêlant riz, légumes (souvent des champignons, épinards, navets, racines de campanule, etc..), fines lamelles de bœuf, et agrémenté d’une garniture à base d’œuf. Il est également complété de pâte de piments rouges, gochujang. Ainsi, ce dernier jour festif aura réuni beaucoup de personnes et, pour nombre d’entre elles, cette expérience culinaire leur aura permis de goûter le premier Bibimbap jamais mangé !
La 2e édition de ce festival de la culture coréenne pour les étudiants a, cette année, réuni encore plus d’adeptes de la Corée, mais aussi de nombreux curieux, pour cause de gourmandise culinaire mais aussi d’émerveillement culturel. Tous enthousiastes et prêts à adopter une Corée du Sud ouverte et accueillante !
Cet article est extrait du numéro 87 de la revue "Culture Coréenne", publication du Centre Culturel Coréen. Pour découvrir ce numéro dans son intégralité, cliquez ici.


