Festival Champs Libres 2010 Strasbourg à l’heure coréenne

Par Jean-Etienne MOLDO
Chargé de communication de Champs Libres et de l’Ensemble Linea

Festival Champs Libres 2010 Strasbourg à l’heure coréenne

En juin dernier à Strasbourg, le festival Champs Libres faisait le pari d’une sixième édition 100% coréenne : un défi largement relevé par une programmation à 360°.

C’est en 2004 que l’ensemble Linea crée Champs Libres. Cette formation de musique contemporaine strasbourgeoise est depuis toujours à l’écoute de la création musicale coréenne. C’est un concert à Séoul en 2009 qui achève de convaincre les musiciens de consacrer la sixième édition du festival à la Corée.

A l’affiche, de la musique contemporaine bien sûr, mais aussi traditionnelle, électronique, du cinéma, un atelier de calligraphie, de la gastronomie ...Une offre éclectique à l’image d’un pays bouillonnant où les arts savent dialoguer et font partie de la vie quotidienne.

Concert commun des ensembles Linea et TIMF, le 18 juin au Maillon.
© Alex Florès

C’est au cœur du vieux Strasbourg, au pied de l’imposante cathédrale gothique, que démarrait le festival avec du Pansori. Fidélité à un art qui se pratique dans l’espace public, c’est au milieu des badauds, touristes, curieux, que Hwang Gab-do au chant et Kim Sung-ju au tambour buk ont livré un spectacle, certes insolite dans ce cadre, mais ô combien séduisant. Visiblement dans son élément, le chanteur harangue la foule (en coréen !) et l’entraîne dans un voyage dépaysant.

Ces concerts gratuits sont l’une des marques de fabrique du festival qui vient ainsi directement à la rencontre du public. On y vit aussi le maître Kim Duk-soo et sa troupe de Samulnori. Le grand percussionniste, fasciné par la majesté de la cathédrale, s’avouera d’ailleurs profondément honoré de se produire en ce lieu. Ses percussions spectaculaires y trouvèrent toute leur résonance, comme si Kim Duk- soo et les siens s’employaient à chasser les forces diaboliques, dont la légende locale dit qu’elles se manifestent sous la forme du vent qui souffle à cet endroit.

On retrouvait bien sûr tous ces artistes et bien d’autres lors des concerts du soir. Parmi eux, la compositrice Cho Hyun-hwa et sa magnifique création - commande de Linea pour le festival -, qui fusionnait percussions, électroacoustique et danse Seungmu, cette dernière symbolisant le retour du moine bouddhiste à la vie civile. Entre la tension maîtrisée du sage et la sensualité d’un corps qui se libère, le danseur Lee Chul-jin a offert, quant à lui, une performance hypnotique qui a enthousiasmé les spectateurs. En ouverture de cette soirée, Yi Ji-young au gayageum avait déjà plongé le public en apnée par ses sonorités subtiles à la douceur méditative, évoquant parfois la musique indienne.

Représentation de pansori de Hwang Gab-do, le 5 juin 2010 au Maillon Hautepierre.
© Alex Florès

Le danseur Lee Chul-jin dans la création de la compositrice Cho Hyun-hwa / Hall des Chars, 11 juin 2010.
© Alex Florès

Avec huit œuvres en première mondiale et de nombreuses créations européennes et françaises, le festival Champs Libres a offert, lors de son édition 2010, un panorama très complet de la musique contemporaine coréenne. Les concerts de Linea et de l’ensemble coréen TIMF ont permis au public de prendre la mesure de la grande diversité du répertoire. Celui-ci s’est épanoui dans un dialogue constant avec le continent européen, où de nombreux compositeurs coréens sont venus étudier, assimilant ainsi le vocabulaire de la musique occidentale, mais sans renier leur propre héritage. Symboles de ce métissage, et à l’honneur d’un superbe concert commun de TIMF et Linea, Kim Nam-kuk, composant musique traditionnelle et pièces contemporaines, et Younghi Pagh Paan, formée en Allemagne, dont les œuvres s’inspirent du chamanisme coréen. Difficile de se livrer au jeu des comparaisons entre les deux formations : l’une s’est appropriée la musique coréenne, l’autre la possède « dans ses gènes », mais dans les deux cas, le rendu est fidèle et maîtrisé. Dans ce dialogue interculturel, il était aussi émouvant de voir les solistes japonaises de Linea interpréter avec une grande implication artistique, les pièces de compositeurs coréens. L’art sait parfois apaiser les blessures de l’Histoire, mais c’est là un autre débat...

On retiendra de la musique coréenne son écriture dépouillée et économe, où la passion d’abord affleure puis finit par se libérer. Une démarche que résumait bien la soirée de clôture où Kim Duk Soo et ses Samulnori ont fait monter crescendo les rythmes des percussions, entraînant le public sur scène, dans un bal festif et improvisé, au grand ravissement des musiciens. La transe s’est poursuivie jusqu’aux petites heures avec Flamenco et Unjin, dont la techno mixait de la même façon minimalisme épuré et rythmiques hypnotiques.

Avec plus de 3000 spectateurs pour cette édition 2010, Champs Libres a su rassembler bien au-delà des initiés, tout en évitant les pièges de l’exotisme bon marché. Le festival aura ainsi offert une bande-son bigarrée, vivante et actuelle de la Corée. Un beau succès !



Cet article est extrait du numéro 80 de la revue "Culture Coréenne", publication du Centre Culturel Coréen. Pour découvrir ce numéro dans son intégralité, cliquez ici.

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